Atelier SSADA

Amet Aurélien, Sorbonne Université, CeLiSo, aurelienametd@gmail.com 

L’émancipation sous tension : comment Donald Trump libère en divisant. Stratégies discursives de construction de l’ethos salvateur dans les discours de Donald Trump (2016-2021). 

« I will protect you, I will defend you, and I will fight for you», disait Donald Trump en octobre 2020. Si les travaux sur sa rhétorique soulignent largement son caractère violent (Nacos, Shapiro et al. 2020, Boulin & Levy 2018, Demata 2021), ils abordent rarement la manière dont il contribue à la construction d’un ethos positif. En effet, Donald Trump se présente comme un héros venu du peuple pour sauver ses concitoyens des ennemis qui menacent les Etats-Unis. Cette communication portera sur l’analyse des procédés qui permettent à une rhétorique structurée autour de topoï de menace et de disqualification de produire l’image d’un « sauveur » et de renforcer l’adhésion de ses partisans. Elle mobilise notamment les travaux de Van Dijk (2000, 2010, 2015) sur la polarisation idéologique et les schémas d’inclusion/exclusion, ainsi que l’approche de Wodak (2015) sur le populisme d’extrême droite. L’analyse repose sur des occurrences explicites de mise en scène de la protection et de libération du peuple américain, tirées d’un corpus de 355 discours monologiques, prononcés entre 2016 et 2021. Une exploration quantitative préliminaire a été menée via Sketch Engine afin d’identifier les segments saillants permettant la partie qualitative. Les analyses sont d’abord faites au niveau micro du discours en observant notamment l’utilisation des pronoms, du lexique chargé émotionnellement (Macagno & Walton 2014, 2019, Bourse 2018), des métaphores (Musolff 2012, 2016, Macagno 2020) et la façon dont ces éléments interagissent dans la construction de l’espace déictique (Cap 2016, Chilton 2017). Ce travail est réalisé à la lumière des situations d’énonciations et des contextes socio-politiques précis. Notre travail révèle que la négativité du discours n’est pas seulement une stratégie d’appel aux émotions visant à mobiliser ou légitimer, mais une façon pour Trump de s’ériger en figure protectrice. En décrivant un peuple vulnérable, en amplifiant les menaces et en démultipliant les ennemis intérieurs et extérieurs (Löfflmann 2022), Trump légitime son rôle de défenseur en positionnant sa conflictualité comme un acte de résistance nécessaire. 

BOULIN, Myriam, LEVY, Elizabeth, 2018, « Only the Fake News Media and Trump enemies 

want me to stop using Social Media : La rhétorique populiste de Donald Trump sur Twitter », Etudes de stylistique anglaise, 67‐94. 

BOURSE, Sarah, 2018, « Conjuring up terror and tears: the evocative and persuasive power of loaded words in the political discourse on drug reform », Lexis. 

CAP, Piotr, 2016, The language of fear: communicating threat in public discourse, 

Basingstoke: Palgrave Macmillan. 

CHILTON, Paul, 2017, « Toward a neuro-cognitive model of socio-political discourse, and an 

application to the populist discourse of Donald Trump »:, Langage et société N° 160-161, 237‐249. 

DEMATA, Massimiliano, 2021, « Keeping the Threat Out Trump’s Discourse, the Wall and the “Other” », Altre Modernità N. 25, 270-286 Paginazione. 

LÖFFLMANN, Georg, 2022, « ‘Enemies of the people’: Donald Trump and the security 

imaginary of America First », The British Journal of Politics and International Relations 24, 543‐560. 

MACAGNO, Fabrizio, 2020, « How can metaphors communicate arguments? », Intercultural 

Pragmatics 17, 335‐363. 

MACAGNO, Fabrizio, WALTON, Douglas, 2014, Emotive language in argumentation, New 

York: Cambridge University Press. 

MACAGNO, Fabrizio, WALTON, Douglas, 2019, « Emotive Meaning in Political Argumentation », Informal Logic 39, 229‐261. 

MUSOLFF, Andreas, 2012, « The study of metaphor as part of critical discourse analysis », 

Critical Discourse Studies 9, 301. 

MUSOLFF, Andreas, 2016, Political metaphor analysis: discourse and scenarios, London, UK ; New York, NY, USA: Bloomsbury Academic, an imprint of Bloomsbury Publishing Plc. 

NACOS, Brigitte L., SHAPIRO, Robert Y., BLOCH-ELKON, Yaeli, 2020, « Donald Trump – 

Aggressive Rhetoric and Political Violence », Perspectives on Terrorism 14, 2‐25. 

VAN DIJK, Teun A., 2000, Ideology: a multidisciplinary approach,Repr. London: Sage. 

VAN DIJK, Teun A., 2010, Discourse and context: a sociocognitive approach, Digitally printed version, Repr. Cambridge: Cambridge Univ. Press. 

VAN DIJK, Teun A., 2015, « Critical Discourse Analysis », In « The Handbook of Discourse 

Analysis », 466‐485. 

WODAK, Ruth, 2015, The politics of fear: what right-wing populist discourses mean, London: Sage. 

Badia Alexis, Université Sorbonne Nouvelle, PRISMES, alexis.badia@sorbonne-nouvelle.fr  

Entre chat instantané et signaux audiovisuels : formes d’émancipations dans les pratiques communicationnelles des gamers. 

Cette communication s’inscrit dans l’axe de “la prise de parole numérique comme forme d’émancipation” en étudiant comment les pratiques communicationnelles des gamers remodèlent les normes interactionnelles dans ce que l’on pourrait considérer comme un genre de discours émergent. Cette communication étudie la manière dont les joueurs mobilisent des ressources communicationnelles numériques variées et multimodales (clavardage, émoticônes, signaux audiovisuels, actions de jeu, chat vocal) pour partager les informations de la manière la plus efficace et rapide au sein des parties de jeu. Les joueurs s’affranchissent des contraintes linguistiques et matérielles (écrire et jouer en même temps) en s’appuyant sur des éléments non-textuels et en déplaçant le sens sur d’autres outils communicationnels. En utilisant ces outils, les joueurs-locuteurs évitent, compensent et se réapproprient les normes conversationnelles et linguistiques traditionnelles. Ce travail interroge également les conséquences de ces choix sur la construction de leur discours écrit qui diffère même de la parole numérique traditionnelle (blogs, réseaux sociaux, forums). Les observations sont menées sur un corpus comportant les retranscriptions de chats écrits (96.000 énoncés issus de plusieurs jeux vidéo multijoueurs), authentiques et anonymisés (pseudonymisés, de facto), ainsi que de données collectées sur l’utilisation des autres éléments de communication à disposition des joueurs (signaux, émotes). L’étude de ces énoncés écrits et de la manière dont ils coexistent avec les autres outils permet de constater une émancipation des standards anglais et de dessiner les contours d’un nouveau genre : on observe l’apparition de comportements semi ritualisés au sein d’une communauté linguistique bien définie par un phénomène de dérégularisation/régularisation communautaire (par exemple, une émancipation de la phrase canonique). Cela se traduit surtout par de la variation lexicale au niveau sémantique (ajout ou transformation du sens de mots existants), conceptuel (création de vocables) et fréquentiel (observable dans l’utilisation des outils grammaticaux par exemple). La communication cherche à présenter, caractériser et expliciter ces pratiques numériques peu documentées. 

Adam, J.-M. (1997). Le style dans la langue : Une reconception de la stylistique. Delachaux et 

Niestlé. 

Austin, J. L. (1962). How to do things with words. Oxford University Press. 

Bakhtine, M. (1984). Esthétique de la création verbale (A. Aucouturier, Trad.). Gallimard. 

Bauer, L. (2002). An introduction to international varieties of English. Edinburgh University Press. 

Chevillet, F. (1991). Les variétés de l’anglais. Nathan. 

Gee, J. P. (2007). Good video games and good learning: Collected essays on video games, learning and literacy. Peter Lang. 

Kuhn, J., & Stevens, V. (2017). Participatory culture as professional development: Preparing teachers 

to use Minecraft in the classroom. TESOL Journal, 8(4), 753–767. 

McCarthy, M. (1991). Discourse analysis for language teachers. Cambridge University Press. 

McCarthy, M. (1998). Spoken language and applied linguistics. Cambridge University Press. 

Paveau, M.-A. (2017). L’analyse du discours numérique: Dictionnaire des formes et des pratiques. Hermann. 

Searle, J. R. (1969). Speech acts: An essay in the philosophy of language. Cambridge University Press. 

Béligon Stéphanie, Université Savoie Mont Blanc, LLSETI, stephanie.beligon@univ-smb.fr  

“Because every morning you have to wake up and be you”: émancipation et identité dans Gone Girl (Gillian Flynn) 

Récit d’une femme qui organise sa propre disparition pour échapper à son sort d’épouse trompée, Gone Girl soulève la question de l’émancipation à l’égard d’un rôle prédéfini. Riche New-Yorkaise, Amy Elliott épouse Nick Dunne, séduisant journaliste, avant que la crise financière de 2008 ne ruine le couple et fasse tourner le mariage au vinaigre. Après un déménagement dans le Missouri, la jeune femme disparaît dans des circonstances suspectes. Les soupçons se tournent alors vers son mari.  

La première moitié du roman se constitue du journal d’Amy de 2005 à juin 2012, qui alterne avec les propos de Nick recueillis à partir de la disparition de sa femme, en juillet 2012. La deuxième partie révèle que le journal d’Amy est une création a posteriori de son autrice, qui cherche à faire accuser son époux de son meurtre pour se venger de son infidélité.   

De multiples Amy apparaissent dans le texte : Amy Elliott, Amy Elliott Dunne, « the real Amy », « Diary Amy », « Ozark Amy », « Dead Amy », « Old Amy » ou encore « Actual Amy ». Cette prolifération interroge : existe-t-il une « vraie » Amy ? L’identité est-elle une question de mise en récit ? 

Pour répondre à ces questions, je m’intéresserai aux points suivants :  

– la désignation d’archétypes, notamment par l’intermédiaire des noms propres (« (the) Cool Girl », « Concerned Husband », « the Dead Girl », etc.) qui mettent en évidence les rôles prédéfinis joués par les personnages ;   

-l’emploi des pronoms qui marque une objectivisation de soi, par le biais de la confusion entre première et troisième personne (« They have to like me. Her ») ou du pronom you générique dans lequel se reconnaît un I (« It’s humbling, to become the very thing you once mocked ») ;   

-les discours parasites qui colonisent celui du locuteur : Nick adopte ainsi les expressions misogynes de son père, à qui il redoute de ressembler (« Youfuckingbitchyoufuckingbitchyoufuckingbitch. Come home so I can kill you. ») 

Ces éléments pointent l’altérité radicale qui sous-tend l’identité et interrogent la possibilité de s’émanciper d’une identité façonnée par une situation et les discours antérieurs dans lequel est pris l’individu.  

Bourdieu, Pierre. 1972 (2000). Esquisse d’une théorie de la pratique précédé de trois études d’éthnologie kabyle. Paris : Editions du Seuil.  

Bucholtz, Mary & Hall, Kira. 2005. Identity and interaction: A sociocultural linguistic approach. Discourse Studies, 7 4–5 : 585–614. https://doi.org/10.1177/1461445605054407 

Chauvier, Stéphane. 2009. Ce que “Je” dit du sujet ». Les Études philosophiques, 1 88 : 117-135 : shs.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2009-1-page-117?lang=fr. 

Christensen, Ashley E. 2020. “Catastrophically Romantic”: Radical Inversions of Gilbert and Gubar’s Monstrous Angel in Gillian Flynn’s Gone GirlAmerican, British and Canadian Studies 35 : 86-110, https://doi.org/10.2478/abcsj-2020-0018  

Dolar, Mladen. 2006. A Voice and Nothing More. Cambridge, Massachusetts, London, England: The MIT Press 

Floquet, Florence. 2019. The Shining ou les « voix » intérieures. Études de stylistique anglaise 15,  http://journals.openedition.org/esa/4181  DOI : https://doi.org/10.4000/esa.4181 

Flynn, Gillian. 2012. Gone Girl. Weidenfield & Nicolson. 

Goffman, Erving. 1959 (1990). The Presentation of Self in Everyday Life. London: Penguin Books. 

Joyce, Laura & Sutton, Henry (eds.). 2018. Domestic Noir: The New Face of 21st Century Crime Fiction. Palgrave Macmillan. 

Kennedy, Victoria. 2017. ‘Chick Noir’: Shopaholic Meets Double Indemnity. American, British, and Canadian Studies 28: 19-38. 

Mattia-Viviès Monique. 2019. YOU The Obscure, un pronom très personnel. E-Rea [En ligne], 17.1, http://journals.openedition.org/erea/8957 ; DOI : https://doi.org/10.4000/erea.8957 

Murphy, Bernice M. 2018. “We Will Have a Happy Marriage If It Kills Him”: Gillian Flynn and the Rise of Domestic Noir, in Bernice M. Murphy and Stephen Matterson (eds), Twenty-First Century Popular Fiction, Edinburgh: Edinburgh University Press :158–69. 

Philips, Deborah, 2021. Tupperware and Terror: The Rise of ‘Chick Noir.’. Gaslighting: Domestic Noir, the Narratives of Coercive ControlWomen: A Cultural Review, 32 2: 140-160, https://doi.org/10.1080/09574042.2021.1932258 

Ricoeur, Paul. 1990. Soi-même comme un autre. Seuil. 

Sorlin, Sandrine. 2025. Variations en deuxième personne. L’Atelier, 16 1, https://ojs.parisnanterre.fr/index.php/latelier/article/view/637.  

Vincent-Durroux, Laurence & Gardelle, Laure. 2023. Le nom propre en français et en anglais : définition et délimitation », Corela [En ligne], HS 40 http://journals.openedition.org/corela/16213  

Benoit à la Guillaume Luc, Université de Rouen, ERIAC, lucbenoit2@gmail.com 

De mortuis nihil nisi bonum ? Le New York Times face au décès de Huey Long, Joseph McCarthy, Spiro Agnew, George Wallace et Charles Kirk 

Comment le New York Times couvre-t-il la mort de personnalités politiques connues dont les  opinions sont à l’opposé des siennes ? La controverse récente autour des réactions qui ont suivi l’assassinat de Charles Kirk pose la question du rôle des grands médias face aux décès de figures politiques controversées. Si la pratique journalistique en la matière est encadrée, notamment par l’existence de genres codés, notices nécrologiques (obituaries) écrites par des journalistes spécialisés ou prises de position assumées comme telles dans des éditoriaux, elle a largement évolué depuis les années 1930 au gré des circonstances politiques et de l’évolution de la culture professionnelle des journalistes. On étudiera la couverture du décès de Huey Long (1935), Joseph McCarthy (1957), Spiro Agnew (1996), George Wallace (1998) et Charles Kirk (2025) dans le New York Times. 

Bouyé Manon, Université Jean Moulin Lyon 3, CEL,  manon.bouye@univ-lyon3.fr 

“8 Benefits of Restorative Justice” : les réseaux sociaux comme vecteur d’émancipation discursive et politique pour les associations féministes 

Les réseaux sociaux sont depuis leurs débuts investis par les associations et groupes féministes. Concernant le sujet des violences sexuelles en particulier, les réseaux sociaux permettent aux associations de s’émanciper du discours des médias traditioonnels (presse et télévision), dont il a été démontré qu’il perpétue des mythes sur le viol et les victimes de violence sexuelle (Serisier 2017). 

Cette communication s’intéresse au discours produit sur les violences sexuelles par deux associations anglophones, RAINN (Etats-Unis) et Survivors For Justice Reform (association sur la plateforme Instagram en 2025. La méthodologie s’appuie à la fois sur l’analyse de discours, sur les notions de stance et engagement (Hyland 2005) et sur les études sémiotiques et multimodales proposant une analyse critique des discours des réseaux sociaux (Esposito 

2023). Par une analyse quantitative lexicale et qualitative multimodale, cette étude préliminaire interroge la manière dont ces associations utilisent les codes visuels et informationnels des plateformes de réseaux sociaux pour impliquer leur public, s’émancipant ainsi des moyens de communication classiquement utilisés par les associations. Concernant leur contenu, ces associations se positionnent par rapport à l’institution judiciaire dont elles tentent de démontrer les failles et de s’émanciper. Leur positionnement incorpore en effet le discours féministe anticarcéral (Ricordeau 2019) et remet en question la réponse pénale et carcérale faite par la justice aux violences sexuelles, notamment dans les pays occidentaux. 

Esposito, E. (2023). The visual semiotics of digital misogyny: female leaders in the viewfinder. Feminist Media Studies, 23(8), 3815-3831. 

Hyland, K. (2005). Stance and engagement: A model of interaction in academic discourse. Discourse studies, 7(2), 173-192. 

Maingueneau, D. (2016). L’ethos discursif et le défi du Web. Itinéraires. Littérature, textes, cultures, (2015-3). 

Ricordeau, G. (2019). Pour elles toutes. Lux éditeur. 

Serisier, T. (2017). Sex crimes and the media. In Oxford research encyclopedia of criminology 

and criminal justice. 

Griffiths Clara, Université Jean Moulin Lyon 3, IETT,  clara.griffiths1@univ-lyon3.fr  

Pronominal and temporal games as emancipation of the past and present selves in Memories of the Future by Siri Hustvedt 

This case study focuses on the pronominal and temporal games Siri Hustvedt plays between a past and present self in her novel Memories of the Future (2019). The aim is to analyse the different narrative and temporal levels at work in this novel and how Hustvedt strives to emancipate herself from novelistic conventions. Memories of the Future is a homodiegetic novel narrated by the mysterious S.H. who delves into her past by slipping into a third-person narration in the present tense of her memories, thus emancipating the present self through the use of a conventional novelistic style to narrate the story of her past self. This conventionality is paradoxically made anew as it foregrounds the writing of the self all the while othering the self in a creative and metafictional process (Ricoeur 1990). Distance in time is marked not by tenses, but by pronouns in a marked stylistic choice (Ricoeur 1990). The past is thus reactualised by using the present tense. This blurring of the lines between past and present and of two selves in time is at the crux of the novel’s ontological reflection on the self through time, memories or the stories we tell ourselves about ourselves (Brockmeier 2018). The use of the third person instead of the first person creates “a working fiction” as Hustvedt would phrase it in her preface to her essay collection Living, Thinking, Looking (2012), enabling both author and reader to work the fiction together – to put the text to work together. 
In Memories of the Future, Hustvedt frequently uses this play with style, however similar patterns are used in her other novels. It is thus not the first time the author has striven to emancipate herself from novelistic conventions. This case study will be based primarily on Memories of the Future as this pattern is most prominent in this work but will not neglect key extracts from The Summer Without Men (2012) and The Blazing World (2014). 
These are some of the axes this case study aims to explore and develop. 

BROCKMEIER, Jens. Beyond the Archive: Memory, Narrative, and Autobiographical Process. New York: Oxford UP (2018). 
GENETTE, Gérard. Figures III. Paris: Editions du Seuil (1972). 
MATTIUSSI, Laurent. Fictions de l’ipséité : Essai sur l’invention narrative de soi. Geneva: Droz (2002). 
RICOEUR, Paul. Temps et récit II : La Configuration dans le récit de fiction. Paris: Editions du Seuil (1984). 
RICOEUR, Paul. Soi-même comme un autre. Paris: Editions du Seuil (1990). 

Hamilton Craig, Université de Haute Alsace, ILLE, craig.hamilton@uha.fr  

“‘Let’s take back control’: Emancipatory Rhetoric in the Brexit Vote”  

In 2026, the Brexit vote of 23 June 2016 will have its tenth anniversary. Some might lament it, while others might celebrate it. The rhetoric of emancipation undoubtedly played a role in Brexit. Dominic Cummings, the Vote Leave campaign director, wrote a very long article for The Spectator on 9 January 2017 titled, “How the Brexit referendum was won.” It offers a rich and detailed story of who did what, when, why, and how so that the Remain voters would lose, and the Leave voters would win. A little later at Nudgestock, on 9 June 2017, Cummings also gave a talk to explain, “Why Leave Won the Referendum.” He discussed how the Leave campaign used insights from behavioral science to craft rhetoric that might persuade people to vote Leave rather than Remain. While the Remain campaign was foundering, Leave campaign personnel employed data science, A/B testing, and personalization for their communication strategy. Previous scholars have looked at different cases of Brexit rhetoric, and how the vote impacted the Conservative Party (Buchanan 2019; Smith 2019; Bonnet 2021; Kettell 2021; Melhuish 2021, 2022; Mulsoff 2021; and Jamet and Rodet 2021). But to the best of my knowledge, this study is the first to focus on Cummings’ Nudgestock speech. The topic is of great interest not only to the thousands of people who have seen that 2017 speech online, but also to discourse analysts interested in seeing how a rhetoric of emancipation may be crafted for purely political purposes.  

Johnson Atheena, Université Paris Nanterre, CREA, a.johnson@parisnanterre.fr 

L’Émancipation et le numérique : une enquête sur la créativité écrite 

La créativité est une manière de se libérer des contraintes normatives. Sur le plan linguistique, c’est une manière de diversifier et de démarquer ses propos. Pour les apprenants, c’est également une manière de démontrer ses connaissances et ses compétences en langue étrangère à l’écrit et à l’oral. Dans cette étude, nous explorons d’un côté, l’émancipation en termes de créativité des mots utilisés pour exprimer sa pensée, et de l’autre, la tension imposée par les attentes lexicales qui sont rédigées par les bornes linguistiques. 

S’appuyant sur le cadre de Guilford (1950, 1967), nous explorons la créativité via la production convergente et la production divergente. Dans ce cadre, la créativité est définie comme la capacité à générer de nouvelles idées à partir de multiples possibilités. Nous avons, par exemple, le Guilford’s Alternate Uses (Guilford et al., 1967), qui teste des usages alternatifs pour évaluer la flexibilité de la pensée. Cette flexibilité est confrontée, cependant, souvent avec les bornes définies par les aspects variés : à la fois le genre, à la fois la tâche, à la fois l’environnement. Lorsque nous parlons de l’émancipation, nous évoquons ces bornes ; nous évoquons ce qui existe entre les bornes et ce qui existe en dehors des bornes. Dans un cadre linguistique, nous pouvons associer les bornes avec les attentes. Les attentes peuvent être stylistiques ou lexicales et elles sont construites à partir du genre, de la tâche ou de l’environnement. Nous explorons ainsi la créativité comme un vecteur d’émancipation, évalué via la variation lexicale (Johansson, 2008; Kyle & Crossley, 2015; Pennock-Speck & Clavel-Arroitia, 2021). Lorsqu’il s’agit de la variation lexicale pour un apprenant, nous parlons de la capacité de diverger du verbatim tout en restant dans les bornes des attentes et gardant « un air de famille ». La créativité devient donc un geste identitaire. Nous associons ainsi l’idée de l’émancipation à « empowerment » et explorons les outils numériques comme des leviers d’émancipation, notamment les modes de production en tant que véhicule de l’expression écrite afin d’évaluer la possibilité d’émancipation. 

Guilford, J. P. (1987). Creativity Research : Past, Present and Future. In Frontiers of creative research : Beyond the basics (Isaksen, Scott, p. 33-65). Bearly Limited. https://archive.org/details/frontiersofcreat0000unse/page/n1/mode/2up  

Guilford, J. P., Christensen, P. R., Merrifield, P. R., & Wilson, R. C. (1960). Alternate Uses (Version Revised) [Jeu de données]. 1954. https://doi.org/10.1037/t06443-000  

Johansson, V. (2008). Lexical diversity and lexical density in speech and writing: a developmental perspective. Working Papers / Lund University, Department of Linguistics and Phonetics, 53, 61-79. https://journals.lub.lu.se/LWPL/article/view/2273  

Kyle, K., & Crossley, S. A. (2015). Automatically Assessing Lexical Sophistication: Indices, Tools, Findings, and Application. TESOL Quarterly, 49(4), 757-786. http://www.jstor.org/stable/43893786 Pennock-Speck, B., & Clavel-Arroitia, B. (2021). Analysing Lexical Density, Diversity, and Sophistication in Written and Spoken Telecollaborative Exchanges. CALL-EJ, 22, 230-250. 

Lacaze Grégoire, Aix-Marseille Université, LERMA, gregoire.lacaze@univ-amu.fr  

La communication politique numérique s’émancipe-t-elle de la rhétorique aristotélicienne ? 

« La communication politique a pour double programme l’étude des interactions entre le système politique au sens large et les médias, et l’étude des processus et des techniques de communication dont le système politique se sert » Mercier (2001 : 357). 

L’objectif premier pour une personnalité politique dans sa communication consiste à convaincre le corps électoral de la soutenir par la production d’un discours à visée argumentative. Comme le rappellent Amossy et Herschberg Pierrot (2021 : 118) : 

Le discours argumentatif s’adresse à un public dans un cadre institutionnel déterminé. Il se divisait pour Aristote en trois catégories : le délibératif (ou discours politique), le judiciaire (ou discours juridique) et l’épidictique (ou discours de célébration tels l’éloge, le blâme, le discours de commémoration). 

Un changement paradigmatique est intervenu avec l’émergence du numérique et, notamment, d’Internet, qui a considérablement modifié la nature même de la communication politique : 

Grâce à Internet, la communication politique est devenue plus interactive et de moins en moins unidirectionnelle, ce qui est le signe du passage d’une société pyramidale à une société réticulaire. (Eyries 2015 : 13) 

Toute communication politique numérique doit ainsi se déployer sur « les grands réseaux socionumériques » (RSN) qui « sont des passages obligés pour reconstruire une image numérique, qui réponde aux exigences d’éthique, de transparence et de désintéressement » (Eyries 2021 : 8-9). 

L’exploitation des affordances numériques (technomots, emojis, iconotextes, vidéos…) par les utilisateurs des RSN renouvelle en profondeur les pratiques textuelles et stylistiques usuelles, posant ainsi la question de l’émancipation vis-à-vis des normes écrites traditionnelles. 

S’inscrivant dans la lignée des travaux récents en analyse du discours numérique (Paveau 2017, notamment), cette étude interroge les concepts fondamentaux de la rhétorique aristotélicienne à partir de l’analyse de publications numériques multimodales et plurisémiotiques postées par les responsables politiques américains et britanniques sur les RSN Instagram, TikTok et X. 

AMOSSY, Ruth, et Anne HERSCHBERG PIERROT, 2021. Stéréotypes et clichés. Paris : Armand Colin. 

CHARAUDEAU, Patrick. 2014. Le discours politique : les masques du pouvoir. Limoges : Lambert-Lucas. 

DÉTRIE, Catherine. 2001. Du sens dans le processus métaphorique. Paris : Honoré Champion. 

EYRIES, Alexandre. 2015. La communication poli-tweet. La politique gagnée par les TIC. Paris : L’Harmattan. 

EYRIES, Alexandre. 2021. La communication politique 3.0 ? La politique à l’épreuve du numérique. Dijon : Éditions universitaires de Dijon. 

MAINGUENEAU, Dominique. 2013. « L’èthos : un articulateur ». COnTEXTES 13. https://journals.openedition.org/contextes/5772, consulté le 25 juillet 2025. 

MERCIER, Arnaud. 2001. « La communication politique en France : un champ de recherche qui doit encore s’imposer ». L’Année sociologique 51 : 355-363. 

PAVEAU, Marie-Anne. 2017. L’analyse du discours numérique : Dictionnaire des formes et des pratiques. Paris : Hermann. 

REBOUL, Olivier. 1998 [1991]. Introduction à la rhétorique. Paris : Presses Universitaires de France. 

THEVIOT, Anaïs. 2019. « Vers une professionnalisation de la communication numérique en politique ? Analyse longitudinale de l’évolution des trajectoires des professionnels de la communication politique numérique de 2007 à 2017 en France ». Communication & professionnalisation 7 : 76-97. 

Ozoux Mireille, Aix Marseille Université, LERMA, mireille.ozoux@univ-amu.fr  

Le pouvoir émancipateur du langage, selon Aldous Huxley : le cas de l’utopie linguistique Island (1962) 

Aldous Huxley (1894-1963), auteur du très célèbre roman dystopique Brave New World (1932), n’a eu de cesse de placer « l’humain » au cœur de ses préoccupations et de son œuvre : son parcours intellectuel d’écrivain moraliste et de philosophe, depuis les années 1920 jusqu’aux années 1960, l’a conduit d’une part à poser un diagnostic critique et lucide de la modernité de son temps et de ses effets néfastes sur l’individu, et d’autre part à rechercher les conditions d’existence d’une société qui permettrait l’épanouissement de chacun et de tous, un bien-être à la fois individuel et collectif. La question de l’émancipation du sujet est donc au cœur de sa réflexion, car elle est la condition indispensable à la réalisation de son projet humaniste, l’avènement (possible) de ce qu’il nomme « a sane society ». Cette recherche a conduit Huxley à accorder une place majeure dans son œuvre à la problématique linguistique. Bien que peu connu comme théoricien du langage, Huxley s’intéresse profondément à sa dimension pragmatique, considérant la manière dont le langage façonne à ses yeux la pensée, la perception et la réalité, et par là, les comportements. Si la pensée linguistique de l’écrivain-philosophe est exposée dans plusieurs de ses essais, c’est le roman utopique Island dont je souhaite proposer ici une lecture, à la lumière des travaux de Jean-Jacques Lecercle sur l’interpellation/la contre-interpellation (Lecercle 2019 et 2023). Je commencerai par souligner comment la question de l’émancipation du sujet est « mise en récit » de manière puissante dans le texte : alors que Brave New World proposait un diagnostic froid et cynique de l’assujettissement de l’individu, « interpellé » pour le pire par une langue manipulatrice (propagande politique et publicitaire), le récit utopique Island, décrit par Huxley lui-même comme « a kind of reverse Brave New World » (Claeys 117), propose quant à lui un autre modèle socio-politique possible, pour le meilleur, qui promeut une attitude de résistance et un acte de réappropriation du langage et du style. Après avoir fait ressortir ce que Lecercle appelle une « interpellation/contre-interpellation narrée », c’est « l’interpellation/contre-interpellation narrante » (2025) que j’étudierai tout particulièrement : l’objectif de cette présentation est de montrer comment le style d’Huxley produit sur le lecteur un effet émancipateur, en ce qu’il lui permet d’accéder à une connaissance plus fine et lucide du fonctionnement du langage. 

Claeys, Gregory. 2010. « The Origins of Dystopia: Wells, Huxley and Orwell ». In The Cambridge Companion to Utopian Literature, Cambridge University Press. Cambridge. 
Huxley, Aldous. 2007. Brave New World (1932). Vintage Classics. Vintage books. 
Huxley, Aldous. 1962. Island. Chatto & Windus. 
Lecercle, Jean-Jacques. 2019. De l’interpellation : sujet, langue, idéologie. Éditions Amsterdam. 
Lecercle, Jean-Jacques. 2023. Système et style : une linguistique alternative. Éditions Amsterdam.   
« Du langage comme prise de corps », Jean-Jacques Lecercle, Université Paris Nanterre | Canal U. 2025. 3984.  

Simone Stefano, Université Savoie Mont Blanc, ENS Lyon et l’Université de Tuscia, LLSETI, stefano.simone@univ-smb.fr  

Les pseudo-occurrences et leurs applications : le cas de Katherine Mansfield et le lexique du paysage 

La notion d’occurrence (et de concordance) de la linguistique de corpus est étroitement liée à une vision syntagmatique du système langagier, où le critère de la sélection des résultats se fait sur la base d’une interrogation du corpus qui ne prend en considération qu’une « word-form » ou ses formes dérivées. Peu d’attention a été dédiée à l’interrogation de corpus langagiers selon une autre modalité, qui s’appuierait sur l’axe paradigmatique ou associatif en termes saussuriens. En nous émancipant de la vision syntagmatique de la linguistique de corpus, nous introduisons ici la notion de « pseudo-occurrence », et nous affirmons que l’analyse de corpus peut être associée aussi à l’étude du contenu, plutôt qu’à la forme, ouvrant ainsi la voie à l’analyse des champs lexicaux et à l’étude des thèmes d’un corpus de textes. 

Cette méthode sera appliquée à un corpus d’œuvres littéraires, notamment celle de Katherine Mansfield (qui fait déjà l’objet de quelques analyses de corpus – cf. Neveux 2018). La démarche proposée vise à démontrer qu’il est utile de générer des pseudo-occurrences pour l’exploration sémantique d’un corpus de petite taille pour faire émerger de façon « bottom-up » les champs lexicaux et, par conséquent, les thèmes. Dans les nouvelles de Mansfield, nous étudierons les éléments du paysage et de l’espace et leurs connotations à travers la méthode exposée ci-dessus. L’analyse lexicale révèlera que Mansfield perçoit le paysage comme un vecteur d’émancipation, porteur des symboles qui le transforment dans un outil de critique de la société bourgeoise dont elle faisait partie. Nous conclurons qu’elle aspirait à un rapport authentique avec la nature, qui s’extériorise dans les représentations du paysage (cf. Miao 2018), dont fait partie aussi l’être humain, incarné par la véracité et l’innocence du peuple maori, dans un socle qui sera ultérieurement défini après des années par l’écocritique. 

Jeffries, L., & McIntyre, D. (2025). Stylistics (2nd ed.). Cambridge: Cambridge University Press. 
Jones, K. (2021). Katherine Mansfield and New Zealand. In W. T. Martin (ed.), The Bloomsbury handbook to Katherine Mansfield (pp. 307–324). London: Bloomsbury Academic. 
McIntyre, D., & Walker, B. (2019). Corpus Stylistics: Theory and Practice. Edinburgh: Edinburgh University Press. 
Miao, T. (2018). Converging the artificial and the natural: Katherine Mansfield’s actual and imagined botanical gardens. Journal of New Zealand Literature (JNZL), 36(1), 118–139. 
Neveux, J. (2018). Grammar and feelings: A study of Wh-exclamatives in Katherine Mansfield’s short stories. Études de Stylistique Anglaise, 12, 193–222. 
Sinclair, J. M. (1991). Corpus, concordance, collocation. Oxford: Oxford University Press. 
Sinclair, J. M., & Carter, R. (2004). Trust the text: Language, corpus and discourse. London-New York: Routledge. 
Tognini Bonelli, E. (2010). Theoretical overview of the evolution of corpus linguistics. In A. O’Keeffe & M. McCarthy (Eds.), The Routledge handbook of corpus linguistics (pp. 14–27). London: Routledge.