Responsables de l’atelier
Isabelle GADOIN (Université Sorbonne Nouvelle)
Liliane LOUVEL (Université de Poitiers)
Anne-Pascale BRUNEAU-RUMSEY
(Université Paris Nanterre)
anne-pascale.bruneau@parisnanterre.fr
“I do not think, however, I shall return to making the sort of picture you like so much” : Paul Nash, Gordon Bottomley et la vision du paysage anglais
Cette communication portera sur la correspondance entre le peintre britannique Paul Nash (1889-1946) et le poète et dramaturge Gordon Bottomley (1874-1948) son ami. D’une grande qualité littéraire, cette correspondance se poursuit pendant trente-cinq années, des débuts de Nash, fortement encouragés par Bottomley, jusqu’à la mort du peintre. Elle est le lieu d’échanges fructueux sur la pratique artistique de chacun, où s’expriment leurs accords et désaccords sur l’art de leur temps, et surtout, sur les voies que choisit d’emprunter Nash dans sa peinture. Mon intervention s’intéressera plus particulièrement à la manière dont celui-ci fait entendre ici sa volonté d’indépendance alors qu’il s’emploie à renouveler les cadres de la peinture de paysage anglaise à l’encontre des conseils que lui prodigue le grand collectionneur et connaisseur qu’était Bottomley.
Biographie
Anne-Pascale BRUNEAU-RUMSEY est maître de conférences en histoire de l’art et civilisation britanniques à l’université Paris Nanterre, et membre du CREA-EA370. Ses recherches portent sur le modernisme et les avant-gardes, le groupe de Bloomsbury, l’art de la Grande Guerre, les circulations artistiques, la théorie et l’historiographie de l’art. Elle a collaboré à de nombreux ouvrages et catalogues d’exposition, et codirigé Écrire l’art/Writing Art (2015) et Les Peintres de la première guerre mondiale (2024). Elle rédige actuellement une monographie sur Paul Nash.
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Régine CAMPS-ROBERTSON, Université Paris Dauphine-PSL
regine.camps-robertson@dauphine.psl.eu
“Someone has to be a witness” : the eye and the voice of the photo-journalist in Graham Swift’s Out of this World and in the photographs of Marie-Laure de Decker
Cette communication propose d’examiner comment le récit et la photographie, dans le cadre du photojournalisme, peuvent s’articuler pour donner à voir l’événement en s’émancipant d’une approche où l’image est offerte à la vue pour son caractère sensationnel, objet de transaction entre l’œil du photographe et celui du spectateur permettant de faire l’économie d’un regard qui s’interroge sur le sens de cet événement. Comment témoigner par le geste photographique et par le récit, d’un événement tragique, d’un trauma, d’un bouleversement dans les rapports au sein d’une même communauté ou entre plusieurs communautés, afin de contribuer à faire sens à partir du vécu saisi dans l’instant où il se déroule ? Cette question est le fil conducteur d’un rapprochement entre une œuvre de fiction et une œuvre de photojournalisme : le roman de l’auteur britannique Graham Swift, Out of This World (1988) dont le personnage principal est un célèbre photojournaliste, et l’œuvre de la photojournaliste française, Marie-Laure de Decker (1947-2023) qui a fait l’objet d’une première rétrospective à la Maison Européenne de la Photographie (04/06/2025-28/09/2025) (catalogue : Victoria Aresheva , Damarice Amao , Paul Bernard-Jabel, Marie-Laure de Decker, Paris : La Martinière, 2025). Il s’agit d’établir un dialogue entre ces deux œuvres en s’interrogeant sur la pertinence de leurs liens et de leurs contrastes pour tenter de déterminer dans quelle mesure les clichés de Marie-Laure de Decker entrent en résonance avec la conception du rôle du photographe tel que le roman l’esquisse en creux et, inversement, dans quelle mesure le roman fait entendre la voix qui pourrait se rapprocher de celle qui tisse, entre les différents clichés, un récit sans parole pour situer un ‘je’ qui ne se réduit pas à l’œil derrière la caméra. L’analyse tentera de souligner, par le double prisme de la fiction et de la photographie, les interrogations que l’évolution du regard porté sur les événements du XXème siècle suscite chez ces deux artistes ainsi que la part de l’intime au cœur d’une représentation de la sphère publique commune.
Comme l’a montré Stef Craps dans “Cathartic Fables, Fabled Catharses: Photography, Fiction and Ethics in Graham Swift’s Out of this World”, l’une des questions porte sur la dimension éthique du voir. Cette communication mettra davantage l’accent sur les rapports entre voix et image afin d’apprécier le mouvement de décentrement qui s’opère dans le roman comme dans la photographie, seul garant d’une légitimité à donner à voir et à entendre l’autre.
Biographie
Régine CAMPS-ROBERTSON est Maîtresse de Conférences à l’Université Paris Dauphine PSL, Normalienne et Docteur en Littérature. Sa thèse de doctorat portait sur « La voix dans l’oeuvre romanesque de Saul Bellow ». L’objet de ses recherches est la création d’un effet de voix dans le roman et la nouvelle ainsi que l’intermédialité. Elle appartient au centre de recherche « 19-21 », membre de l’unité de recherche PRISMES de la Sorbonne Nouvelle, et à la S.A.I.T. Elle a publié des articles sur les auteurs américains Saul Bellow, Philip Roth, Grace Paley, Don DeLillo, Elizabeth Strout et sur les auteurs anglais Katherine Mansfield, Kazuo Ishiguro, Ian McEwan, Graham Swift.
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Nathalie COLLÉ, Université de Lorraine, IDEA
nathalie.colle@univ-lorraine.fr
Emancipating the Literary and Visual Canons: Women Illustrators of The Pilgrim’s Progress
This paper examines how women illustrators of John Bunyan’s The Pilgrim’s Progress (1678; 1684) have contributed to the emancipation of both the literary and visual canons through acts of interpretive, aesthetic and cultural intervention. While Bunyan’s 1678 allegory occupies a foundational place in English literary history, its rich illustration tradition has never been explored through a gendered lens. The contributions of women artists to the visual canon related to Bunyan, though sparce and late in its history – the first illustrations by identified women appearing at the beginning of the twentieth century –, played a significant role in visualising Bunyan’s text. By foregrounding these neglected figures, this paper argues that women illustrators enact an emancipatory practice that challenges the boundaries of authorship, authority and artistic legitimacy.
The study draws on case studies of key illustrators – the rare twentieth-century artists who reimagined Bunyan for new audiences or book formats – to analyse how their images reshape the spiritual, moral and affective dimensions of the narrative. These readings highlight how women artists introduced tonal shifts, alternative emphases and innovative visual strategies that complicate traditional patriarchal interpretations of Christian’s journey. Their iconography often privileges relationality, interiority and embodied experience, thereby resisting the conventional didacticism and patriarchal standards associated with Bunyan’s text and its iconographic interpretation.
Methodologically, the paper situates these illustrations within the history of the book, visual culture studies and feminist revisionist criticism. It argues that illustration, frequently dismissed as secondary or derivative, serves as a crucial site for emancipatory reinterpretation. Women’s visual responses to The Pilgrim’s Progress not only offer counter-readings of the text but also expose the gendered mechanisms through which artistic canons are formed and maintained. By reconsidering the material book as a collaborative and multimodal object, the paper underscores how women illustrators claim interpretive authority that traditional literary histories have denied them.
Ultimately, this research demonstrates that to emancipate the canon requires attending to the visual as much as the verbal. Reinstating women illustrators within the cultural lineage of The Pilgrim’s Progress reveals not only hidden histories of artistic labour but also the transformative power of visual reinterpretation as a form of cultural and intellectual emancipation.
Biographie
Nathalie COLLÉ is Professor of English Studies at the Université de Lorraine in Nancy, France. She is a member and the director of the research unit IDEA (Interdisciplinarité Dans les Études Anglophones). She is also a member of SHARP (the Society for the History of Authorship, Reading and Publishing), IAWIS (the International Association for Word and Image Studies), and SÉAA XVII-XVIII (Société d’Études Anglo-Américaines des XVIIe et XVIIIe siècles). She serves as President of the IJBS (International John Bunyan Society) and as second Vice President of the SAIT (Société Angliciste – Arts, Images, Textes), with Sophie Aymes as first Vice President (Université de Poitiers). She specialises in the illustration and “afterlives” of classics of English literature, particularly of seventeenth- and eighteenth-century fictional travel literature. The fields covered by her research include book history, print culture, visual culture and material culture, as well as text-image relationships, adaptation and intermediality. She is co-founder of the international research network Illustr4tio, and co-founder and co-director of BPTI (formerly Book Practices & Textual Itineraries, now Book Page Text Image), a book series devoted to book history, textual scholarship and illustration studies published at the EDUL (Éditions Universitaires de Lorraine) since 2011.
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Diana CRETU MILLOGO, Université de Poitiers
diana.cretu.millogo@univ-poitiers.fr
Orwell en chansons, entre les années ’70 et aujourd’hui. Formes de transmédialité d’un imaginaire dystopique, entre citation et émancipation
Proposer un panorama exhaustif des influences de l’univers orwellien sur les sphères artistiques, sociopolitiques et médiatiques dépasserait largement les limites de cette communication. Les fictions 1984 et Animal Farm constituent néanmoins les matrices les plus fréquemment mobilisées dans les processus de réappropriation linguistique, visuelle et cinématographique. Les différentes adaptations cinématographiques de 1984 témoignent d’ailleurs de l’inscription historique et esthétique des œuvres : chacune porte la marque de son contexte de production, tant par ses choix stylistiques que par ses interprétations idéologiques.
Dans cette perspective, il importe d’examiner de plus près la manière dont les artistes des scènes pop, rock et électro ont transposé en musique l’imaginaire orwellien, et comment ils s’en sont « émancipés » en transformant les motifs initiaux utilisés. L’objectif est de comprendre comment des œuvres littéraires dystopiques et politiquement marquées deviennent un réservoir symbolique adaptable à des langages artistiques hétérogènes.
Notre analyse portera d’abord sur les formes d’adaptation directe, c’est-à-dire les reprises explicites du récit, comme dans Diamond Dogs (1974) de David Bowie, album largement inspiré de 1984 (notamment les titres We Are the Dead, Big Brother et 1984). Nous étendrons ensuite notre étude à des appropriations plus contemporaines telles que Uprising de Muse (dont le clip a reçu le prix des « Best Special Effects » aux MTV Video Music Awards 2010), 2+2=5 de Radiohead ou Spies de Coldplay. Ces chansons réactivent des éléments emblématiques — citations, noms propres, lieux signifiants tels que la « Room 101 » – et déploient des atmosphères sonores sombres, industrielles ou futuristes. Elles explorent des thèmes centraux de la dystopie orwellienne : surveillance, manipulation psychologique, soumission, mais aussi résistance et révolte. L’ensemble illustre un processus d’appropriation créative où les artistes réagencent les matériaux narratifs initiaux pour exprimer des préoccupations politiques contemporaines.
La force particulière de l’adaptation musicale réside dans sa capacité à susciter immédiatement des émotions et à produire une expérience esthétique multisensorielle. Grâce à la combinaison du son – et parfois de l’image dans les clips – la référence à Orwell devient accessible à un public plus large, y compris non lecteur. Cette dimension contribue à la popularisation et à la circulation rapide des imaginaires dystopiques.
Nous proposons d’établir une typologie des formes de transmédialité observables dans un corpus de chansons, clips et performances scéniques. Elle permettra de distinguer entre réappropriations linguistiques (citations, slogans, lexique idéologique), réagencements narratifs (références à des personnages, situations ou conflits) et transpositions esthétiques (ambiances sonores, iconographies visuelles, scénographies oppressantes).
Nous montrerons que ces stratégies ont contribué et contribuent à consolider le « mythe Orwell », en tant qu’ensemble de représentations et de codes culturels facilement recyclables dans l’univers musical pour critiquer les dérives gouvernementales, dénoncer la surveillance de masse et créer des environnements futuristes et immersifs. La fonction émancipatrice des toutes les formes de réappropriation de nature transmédiale sera au fur et à mesure mise en évidence et analysée.
Biographie
Diana CRETU MILLOGO est PRAG à la Maison des Langues de l’université de Poitiers, et membre du laboratoire FORELLIS. Son doctorat, soutenu en 2009, portait sur les écrits dits semi- ou non-fictionnels (essais et articles de George Orwell). S’appuyant sur les théories de l’argumentation dans le discours (cf. Ruth Amossy), ses travaux ont porté sur l’identité discursive, par le biais du concept d’autorité discursive, mais aussi sur les identités nationale et collective, à l’aide de concepts empruntés à l’écocritique (cf. Bertrand Westphal, David Lowenthal, Gilles Deleuze). Naviguant entre fiction (1984) et essais et articles (CEJL I, II III et IV) elle a montré la présence d’une articulation entre l’espace-prison et les espaces naturels « universels », où tout être humain peut se reconnaître, au-delà des frontières terrestres et temporelles (article de 2024).
Parallèlement à ce corpus initial, elle s’est intéressée aux rapports intermédiaux entre textes originaux et médias (jeux vidéo-cinéma-musique), analysant les différences entre les adaptations cinématographiques de 1984. Tout récemment (fin septembre 2025), elle a co-organisé une JE internationale sur les jeux vidéo et la littérature, et mis en lumière le potentiel du jeu Eveline (créé par Pippin Barr) à provoquer la rencontre avec 2 textes canoniques (La Métamorphose de Kafka et nouvelle Eveline, de James Joyce). Certains jeux vidéo (pour beaucoup expérimentaux) s’imposent comme des voies alternatives et complémentaires pour penser la gamification de Joyce ou de Cervantes, etc. et, plus largement, la médiation numérique de la littérature.
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Julie LEBLANC, Université de Toronto
Emancipation from Words/Emancipation from warfare: A Look at E. Ardizzone’s unpublished sketches from WWII
Ardizzone’s record of the Second World War is contained in some 275 sketches, watercolors, ink and washes now held by the IWM with a number of others (400 also executed during the war) conserved in galleries and museums throughout Britain. He donated the manuscripts of his four illustrated diaries to the IWM in 1974, the year Diary of a War Artist was published. After consulting his archives, I realized that hundreds of pages of his handwritten and illustrated diaries remain unpublished. The manuscript version of his diaries, the hundreds of sketches which illustrate the pages of these personal notebooks are filled with unpublished sketches and watercolors that are embedded between the pages of his diaries. These unpublished “Feuilles volantes/feuillets” on which are drawn and at times painted war paraphernalia (warscapes, tanks, trucks, guns, portraits of soldiers, etc.) are not accompanied by words, there are no temporal or spatial references offered as in the pages of his illustrated diaries. These unpublished images are emancipated from the physical constraints of the diary, as an autobiographical genre, a canonical form of life-writing that imposes constraints on the diarist who feels obliged to document on a daily basis the events and impressions experienced within restrictive dated diary entries.
These unpublished images executed on pieces of paper are completely stripped of their narrative/descriptive/linguistic counterparts. They offer Ardizzone a certain physical emancipation from the spatial constraints of the bound sketch books that he used as diaries to describe and visually represent his testimonials of war that is somewhat mute as unaccompanied by words. These hundreds of sketches/watercolors embedded between the pages of the original manuscripts of his diaries offer us a strictly visual testimonial of war, an emancipated representation of war void of the descriptive, ekphrastic and emotional language which characterizes Aradizzones’s illustrated diaries. While Ardizzone wrote and illustrated his impressions of war found in his diaries and unpublished sketches, he also kept other sketch books during the same period: 1943-1945 which exemplify another form of emancipation from the obligation he felt at describing and illustrating the destructive nature of WWII as he was commissioned to do as a commissioned war artist. These sketch books which remain unpublished provide us with spectacular emancipatory qualities. They are filled with nude portraits of women which I speculate provided him with a means to escape the painful realities of warfare, offered him a form of escapism from the formal constraints of his diary writing and emancipated him from the numerous forms of censorship imposed by the U.K government. In brief, these particular sketchbooks allowed Ardizzone to emancipate himself as a commissioned war artist for the Ministry of Information which imposed many forms of censorship on war artists prohibiting them from offering faithful representations of the destructive nature of warfare (human casualties) and also taking complete ownership of all artistic productions executed by their war artists.
My objectives are twofold as they pertain to my use of the concept of “pictorial” emancipation in the various textual and visual testimonials that Ardizzone executed during WWII. I would like to treat these two corpuses of unpublished war sketches embedded within the pages of his diaries conserved at the IWM in London and also ponder the emancipatory qualities of this other set of unpublished newly acquired sketchbooks of nude portraits (Oxford) also executed during the war. My goal is to analyse how these two sets of unpublished sketches that clearly distinguish themselves by the subjects that they illustrate (war paraphernalia and human bodies) gave Ardizzone the means to free himself form the generic constraints of the diary as a physically restrictive form of life-writing, the overwhelming destructive nature of warfare by turning to esthetically pleasing representations of human bodies (his series of unpublished nude drawings) and the political censorship of the Ministry of Information that employed Ardizzone as a war artist and deeply restricted his pictorial representations of the human casualties of war.
Biographie
Julie LEBLANC est professeure à l’université de Toronto, et spécialiste de critique génétique, des récits de vie, et des rapports texte/image dans l’écriture inédite d’ordre autobiographique et les récits de guerre inédits d’artistes et d’écrivains (peintres et photographes). Parmi les nombreux ouvrages qu’elle a publiés se trouvent : Genèses de soi : l’écriture du sujet féminin dans quelques journaux d’écrivaines (Montréal : Editions du Remue-Ménage, 2008, 230 pages), Énonciation et inscription du sujet : textes et avant-textes de Gilbert La Rocque (Toronto : Editions du GREF, Coll. « Theoria », 2000, 300 p), Les Masques de Gilbert La Rocque (Coll. Bibliothèque du Nouveau Monde. Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1998, 298 p.). Elle vient de soumettre pour publication Narrativité et iconicité au féminin (270 p.), sur des récits autobiographiques et manuscrits illustrés inédits. Elle travaille à l’heure actuelle à une monographie soutenue par une bourse nationale CRSH de recherche, intitulée Carnets de guerre : manuscrits, peintures et images photographiques. Elle a en outre dirigé des numéros spéciaux des revues Arborescences, Recherches sémiotiques RSSI, Texte, Revue de théorie et de critique littéraires, Voix et images, etc. sur les rapports texte/image, la critique féministe, la critique génétique, l’écriture autobiographique, les théories de l’énonciation.
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Marie-Lise PAOLI, Université Bordeaux-Montaigne, UR 24142 Plurielles
marie-lise.paoli@u-bordeaux-montaigne.fr
Emancipation from Text to Screen: The Final Season of The Handmaid’s Tale as a Long-Awaited Intermedial Denouement.
This paper examines emancipation in the final season of The Handmaid’s Tale (season 6 of the Hulu TV show, 2025), understood both as a thematic concern and an intermedial process. In adapting and expanding Margaret Atwood’s novel, the series enacts its own form of emancipation: a release from textual constraint into free visual and cinematic expression. Anchored in the novel’s thematic richness and unresolved questions, the adaptation brings to light ethical, political, and aesthetic dimensions latent in the source text, exploring and reconfiguring the possibilities of narrative closure left open in Atwood’s work.
The final season stages ideological emancipation through characters’ attempts to escape, resist, or reshape Gilead’s oppressive structures. Ambivalent journeys from complicity to partial rebellion illustrate the aporia of freedom negotiated within systems of domination. Through recurrent imagery of servitude, the storyline reactivates the etymological sense of the Roman emancipatio—the act by which a master freed a slave—thereby dramatising the dialectic of freedom born from subjection. Fugitive figures structure the narrative around perpetual flight toward uncertain freedom, while the refuge motif highlights the contingent and unstable conditions of emancipation.
Methodologically, the analysis draws on adaptation studies (Hutcheon 2013; Wells-Lassagne 2021), but also on the theories of A. Gaudreault and Ph. Marion on transécriture and transmédiagénie (Stam 2004): moving beyond the paradigm of fidelity, it approaches the adaptation as a process of transmediatisation—a re-inscription of narrative and affect through the expressive resources of the screen. Centered on medium specificity and intermedial transformation, it focuses on how the series actualises and reshapes the latent potential of the novel. Combining close reading of the text with an investigation of the narrative extensions and cinematic articulation the series provide, it examines the interplay of telling and showing across media.
What takes shape is an aesthetics of emancipation on screen—a cinematic grammar through which the series materialises the politics of liberation in image, sound, and pace, performing an intermedial release from the literary dystopia of coercion and aporetic freedom. By deploying an array of screen-tailored techniques and atmospheric components, the final season brings the “slave narrative” to its culmination and resolution, offering a long-awaited intermedial denouement to Atwood’s inconclusive “tale.”
Biographie
Marie-Lise PAOLI is an Associate Professor of English Literature at Bordeaux-Montaigne University, France, and director of the research centre on women’s creativity (ERCIF-UR Plurielles). In 1998, she was awarded the Margaret Atwood Society Prize for her article “Fertility and Sterility in The Handmaid’s Tale: The Waste Land of Gilead.” She has published numerous articles and book chapters on musicalized fiction, opera, intertextuality and intermediality, gender, and the rewriting of myth in contemporary British and Canadian literature. She serves as the director of the Canadian Studies research centre (CECIB) in Bordeaux, where she oversees interdisciplinary projects on Canadian literature, culture, and society.
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Sandra SAAYMAN, université de la Réunion
sandra.saayman@univ-reunion.fr
Can a monument be a work of art?
This is the question that the newly-wed South African woman, Jane, the main character and focalizer of Zoë Wicomb’s short story, “There’s the Bird that Never Flew,” asks about Glasgow’s Doulton Fountain – a monument constructed in 1888 in celebration of Queen Victoria’s imperial achievement. The short story, largely composed of ekphrases, describes how Jane, who claims she knows “nothing about art” becomes “transfixed” by the terracotta sculpture of what she believes is an “unmistakeably coloured” woman in the fountain’s South Africa niche. The interest of the text lies not only in its finely crafted ekphrases, but also in the depiction of a double emancipation resulting from Jane’s experience of what W. J. T. Mitchell calls “the Medusa effect.” In a city that offers enough art to keep her artist husband, Drew, “rushing about the city like a demon after art,” it is the nineteenth century fountain that holds Jane’s attention and draws her, despite the despised Glasgow rain, to walk around it, again and again, to finally project herself onto the sculpted woman she decides is not a colonial servant.
I shall read Wicomb’s short story in dialogue with The Reign (2010), by South African artist, Mary Sibande. By repeatedly placing the character she calls “Sophie,” modelled on her own body, in postures we normally associate with colonial sculptures representing male heroes, Sibande aims to emancipate the women in her family from a long history of servitude. I shall also consider the transformation of the Square La bourdonnais in St Denis de La Réunion into the Square de la Liberté with the removal of the statue of the colonial governor Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais and the decision, by the major of St Denis, Ericka Bareigts, to adorn the thus decolonized space with a feminine symbol: that of a circular mirror of water.
Biographie
Sandra SAAYMAN is professor in South African literature in the English department of the University of La Réunion where she is a member of the research group DIRE (http://dire.univ-reunion.fr). She is the author of Breyten Breytenbach, A Monologue in Two Voices (Johannesburg: Fourthwall Books, 2013). She has published various articles on the interface between text and image, on the depiction of African migrants, and on the representation of aspects related to South African culture more generally speaking, like the South African Renaissance, in contemporary South African literature and art.
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Marcin STAWIARSKI, Université de Caen-Normandie, ERIBIA E.A. 2610
Les régimes textuels de l’iconologie juridique dans les dessins satiriques britanniques
Nombre de dessins satiriques parus entre les XVIIème et XIXème siècles offrent une lecture visuelle singulière des textes des lois votées au parlement britannique. La satire visuelle permet de transformer ces textes législatifs abstraits en représentations narratives, critiques, parfois subversives, rendant ainsi les textes juridiques accessibles au grand public. L’iconologie juridique donne à voir ce que la lettre de la loi ne saurait exprimer : une opinion personnelle, une approche subjective de la norme, une visualisation du droit qui passe par la singularisation picturale de la règle juridique qui se doit de rester universelle.
Cette communication s’appuie sur l’analyse d’images satiriques relatives à des projets de lois et des textes législatifs au Royaume-Uni (statutes ou Acts of Parliament). Ces images rendent visible le droit en train de se faire et constituent des paratextes juridiques ; une iconologie du droit qui questionne l’adoption des textes normatifs dans la société. L’image satirique de la loi constitue un commentaire politico-social sur l’actualité juridique : on y lit un certain contexte culturel marqué par les tensions sociales et politiques ; mais, surtout, on y perçoit l’impact de la loi sur certains groupes marginalisés et la question de l’injustice, donc aussi celle de l’émancipation en tant que libération par la loi.
L’analyse d’un corpus de dessins satiriques britanniques, anciens et contemporains, nous permettra d’interroger la relation entre l’image et le texte dans l’iconologie juridique. Nous nous intéresserons aux régimes textuels qui découlent de ce dialogue entre le visuel et l’écrit autour de l’actualité juridique et nous montrerons comment ces cartoons qui interrogent la loi s’emparent d’outils textuels pour produire un discours iconographique critique sur l’univers juridique.
Biographie
Marcin STAWIARSKI est maître de conférences dans le domaine anglophone à l’Université de Caen Normandie. Il enseigne la civilisation britannique au Département des Langues Étrangères Appliquées à l’Université de Caen Normandie ainsi qu’à la Faculté de Droit et de Science politique à l’Université de Montpellier et au Département d’Études du Monde Anglophone d’Avignon Université. Il s’intéresse aux questions de civilisation anglophone contemporaine, aux pays du Commonwealth, au droit et à l’anglais juridique. Il travaille également sur la musique contemporaine britannique, notamment la musique vocale et prépare actuellement une monographie sur le compositeur écossais John McLeod. Il est membre de l’Équipe de Recherche Interdisciplinaire sur la Grande-Bretagne, l’Irlande et l’Amérique du Nord (UR 2610, ERIBIA). Il fait partie du conseil scientifique de Calenda.org (https://calenda.org/) et tient un blog sur les rapports musico-littéraires sur Hypothèses.org (« Observatoire musico-littéraire » : https://oml.hypotheses.org/).
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Christine VANDAMME, Université Grenoble Alpes
christine.vandamme@univ-grenoble-alpes.fr
Molly Unchained or Leah Purcell’s reimagining of the Drover’s Wife
An ongoing Australian tale of emancipation
Cette proposition vise à étudier la pièce et le film de l’autrice et dramaturge aborigène australienne Leah Purcell, de la communauté Goa-Gunggari-Wakka Wakka Murri, comme point d’orgue d’une série d’adaptations antérieures visant à émanciper la figure de la femme depuis la publication de la nouvelle canonique de Henry Lawson « The Drover’s Wife », publiée en pleine effervescence nationaliste de la toute nouvelle nation en devenir et en quête de mythes, d’histoires et de figures fondateurs.
Après toute une période où l’émancipation visait avant tout celle des femmes, les adaptations plus récentes montrent à quel point la puissance première de la nouvelle a pu donner lieu à des réflexions portant non seulement sur l’aliénation des femmes mais aussi sur toute personne autochtone et sur le non-humain également. Au début du 20e siècle la légende du Bush semblait les avoir invisibilisées et présenter la terre comme espace de conquête et de maîtrise et pourtant cette nouvelle iconique publiée dans le Bulletin racontait déjà une tout autre histoire, celle d’une femme forte se battant seule contre un environnement qu’on ne pouvait pas toujours contrôler. C’était d’ailleurs aussi le cas de la nouvelle « Squeaker’s Mate » de Barbara Baynton, de manière plus attendue du fait que la nouvelle était écrite par une femme. Au fil des adaptations et réinterprétations successives en peinture (tableau du même nom de Drysdale, 1945), nouvelles (Bail et Moorhouse entre autres), pièce de théâtre et puis film (Leah Purcell) et même pour finir un recueil de pastiches sous 101 formes diverses et variées (O’Neill, 2022), on voit une évolution vers une réflexion sur la communauté aborigène australienne, ainsi que le non-humain mais aussi une écriture qui intègre de plus en plus activement le lecteur-spectateur.
Le cœur de l’analyse portera sur les œuvres d’adaptation, de réécriture et de réinvention de l’autrice, dramaturge et directrice de film aborigène Leah Purcell afin d’analyser en quoi sa pièce de théâtre et puis son film redistribuent les places de chacun pour proposer une autre forme de communauté imaginaire au sens où l’entend Benedict Anderson. La pièce et le film jouent sur les codes du postwestern et viennent déconstruire les métarécits de la nation non-aborigène australienne, des récits essentiellement masculins basés sur les vertus cardinales du bushman : endurance, force physique et valorisation d’une masculinité souvent mutique, toujours dominatrice. En tant que femme et femme aborigène, elle rend hommage aux valeurs de sa communauté où la solidarité et la connexion au Country sont essentiels au développement de l’individu, de la société et à l’équilibre de la terre ancestrale. Elle offre une image de femme forte qui se reconnecte à ses racines et ses valeurs.
Les points abordés seront les suivants :
- affranchissement des codes masculins et reprise de pouvoir par les femmes avec le jeu sur les genres par le biais du postwestern notamment mais aussi du théâtre immersif et participatif dans le cadre du contre-récit des marges et des femmes aborigènes en particulier
- revendication d’un droit à la décolonisation de l’Histoire et de la mémoire ; réhabilitation de l’histoire de la frontier violence et utilisation de la fiction comme approche historiographique légitime et émancipatrice du récit colonial et post-colonial
- réflexion sur le rapport au Country avec valorisation de la figure de la femme en contrepoint et contrechamp de la survalorisation masculine dans la légende du Bush traditionnelle et nationaliste héritée du Bulletin mais aussi de l’imaginaire du colon (settler imaginary).
Biographie
Christine VANDAMME est actuellement Maître de Conférences à l’Université Grenoble Alpes. Elle est spécialiste de littérature moderniste britannique (Joseph Conrad en particulier) mais aussi de littérature australienne dans son rapport à la terre (de Henry Lawson à David Malouf ou encore Alexis Wright). Ses recherches portent sur le colonial, le postcolonial mais aussi le dialogue entre différentes cultures et épistémologies, au-delà même d’une simple approche décoloniale. Elle a co-édité avec André Dodeman un ouvrage collectif portant sur les représentations spatiales et la question de l’identité nationale en 2021, Space, Place and Hybridity in the National Imagination, ainsi qu’un numéro de revue sur les liens unissant le lieu, la terre et ses déclinaisons et usages successifs et les tensions que de telles pratiques et représentations ont pu créer avec les premières nations (The Unbearable Precariousness of Place and Truth en 2024).

