Responsables de l’atelier
Élodie PEYROL-KLEIBER (Université de Poitiers)
Lisa ARAB (Université de Poitiers)
Pierre LURBE
| Lisa ARAB ● Université de Poitiers Présentation de la carte de Thomas Jeffreys, 1770 |
Biographie
Lisa Arab est doctorante en troisième année en civilisation britannique et irlandaise à l’École doctorale Humanités de l’Université de Poitiers, affiliée au laboratoire MIMMOC, sous la codirection de Mesdames Elizabeth Gibson Morgan et Élodie Peyrol-Kleiber. Elle est également attachée temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) à l’Université de Poitiers pour l’année 2025-2026. Ses travaux de recherche ont porté, pendant deux ans, sur les processus d’émancipation en Irlande au XIXᵉ siècle, ainsi que sur la propagande irlando-américaine durant la guerre d’indépendance irlandaise. Sa thèse, intitulée « Mémoire collective et coloniale : l’impact de la domination anglaise sur l’identité nationale de l’Irlande (XIXᵉ-XXIᵉ siècles) », s’inscrit dans une réflexion sur la mémoire coloniale et collective irlandaise, plus particulièrement, l’enseignement de l’histoire en Irlande entre 1922 et 1990, et la manière dont l’histoire est transmise dans les écoles en contexte postcolonial.
| Jeanne BAUDON ● Université Paris 8 Le paradoxe d’une émancipation féminine absente dans la correspondance révolutionnaire (1774-1783) |
Résumé
La Révolution américaine a proclamé la liberté et les droits naturels comme principes fondateurs d’une nouvelle nation mais elle a aussi révélé les frontières silencieuses de cette émancipation, puisque cette dernière n’a concerné qu’une partie de la société. Alors que les délégués du Congrès continental proclament l’indépendance des peuples, leurs correspondances privées trahissent une conception genrée de la liberté. À travers les lettres privées de certains d’entre eux, notamment John Adams, Benjamin Franklin, Richard Henry Lee et Henry Laurens, adressées à leur entourage féminin, leurs épouses, sœurs, mère ou filles, cette étude explore la manière dont la politique s’invite dans la sphère domestique et comment les femmes y sont à la fois présentes et en marge.
Cette étude, qui est également mon sujet de thèse, met en évidence une émancipation paradoxale car à l’heure-même où les délégués et le peuple américain réclament leur émancipation vis-à-vis de la Grande-Bretagne, les femmes participent également à la construction de la République mais ne figurent pas dans l’équation. Pourtant, elles éduquent les enfants et sont des épouses patriotes. Elles demeureront tout de même juridiquement et politiquement invisibles. Cette approche, centrée sur les échanges épistolaires du XVIIIᵉ siècle, propose de dépeindre la Révolution non pas comme un moment d’universalisation des droits, mais comme le constat d’une émancipation sélective genrée. En mettant en lumière les tensions entre la sphère publique et la sphère privée, elle montre comment la République Américaine a délimité la liberté politique en fonction du genre et qui perdurera bien au-delà de 1783.
Biographie
Jeanne Baudon est doctorante en civilisation américaine à l’université Paris 8, sous la direction du Professeur Bertrand Van Ruymbeke. Ses recherches portent sur l’étude des droits politiques des femmes pendant la Révolution américaine, examinés au travers de la correspondance des délégués du Congrès (1774-1783). Jeanne est lauréate d’une bourse de thèse de l’AFEA/SAES. Elle enseigne la civilisation américaine à l’université Paris 8 et à l’Université de Poitiers. Jeanne a déjà communiqué dans plusieurs colloques, séminaires et journées d’études. Elle a également déjà présenté ses recherches lors du International PhD Seminar in American History/American Studies organisé par la Roosevelt Institute for American Studies qui a eu lieu à Middelburg aux Pays-Bas, le 28 novembre 2024. Enfin, Jeanne a déjà aidé à la préparation d’évènements tels que la journée Plongez dans le passé, l’Amérique des 17e et 18e siècles, organisée par, entres autres, Élodie Peyrol Kleiber maitresse de conférences HDR à l’université de Poitiers, et qui avait eu lieu à Poitiers le 22 juin 2024 ainsi qu’à un atelier intitulé « Écrire une thèse » dans le cadre du festival des langues qui a eu lieu à l’Université Paris 8 le 11 mars 2025.
| Julien BECKAERT ● Université de Lille Entre esquive et réinvention : les miscellanées politiques comme outil d’émancipation radicale dans la Grande-Bretagne des années 1790 |
Résumé
Avec la Proclamation royale du 21 mai 1792 contre les écrits séditieux, la Grande-Bretagne bascule dans une ère de répression accrue. Ce texte ne se contente pas de s’ajouter aux outils existants (espionnage, intimidations loyalistes, amendes) ; il en décuple la portée, offrant un cadre légal propice à la multiplication des procédures abusives et des privations de liberté. C’est dans ce contexte hostile que les éditorialistes radicaux Thomas Spence, Daniel Eaton et Sampson Perry s’engagent dans un processus de lutte éditoriale novateur. Cette communication se propose d’analyser comment leurs miscellanées politiques (Pig’s Meat, Politics for the People et The Argus) ont contourné l’interdit afin d’offrir à la « multitude » une voie pour sortir de l’ignorance. Ces recueils hybrides mêlant chansons, essais, fables, parodies et réappropriations de textes canoniques fonctionnaient comme des espaces de résistance espérant transformer une plèbe assujettie en un public politique souverain.
Biographie
Julien Beckaert est doctorant en civilisation britannique au Laboratoire CECILLE (ULR 4074) de l’Université de Lille. Sa thèse examine les stratégies éditoriales de trois périodiques radicaux – Pig’s Meat, Politics for the People et The Argus – publiés en Angleterre dans la dernière décennie du 18ème siècle. L’analyse littéraire et politique de ces publications mettra en évidence les modalités par lesquelles les éditorialistes londoniens Thomas Spence, Daniel Eaton et Sampson Perry ont utilisé une vaste littérature datant du XVIIe au XVIIIe siècle afin de promouvoir leurs convictions politiques radicales. Il est également membre fondateur du Laboratoire Junior CÉDILLE, et rédacteur en chef du carnet de recherche du séminaire « Histoire globale, politiques et sociétés » de l’Axe 3 du Laboratoire CECILLE.
| Emmanuelle DE CHAMPS ● CY Université Myriam-Isabelle DUCROCQ ● Université Paris Nanterre Frances Wright ou l’émancipation féminine comme moteur de l’histoire |
Résumé
En 1848 paraît à Londres England, the Civilizer. Her history developed in its principles. Signé « A Woman », ce livre méconnu est l’ouvrage d’une femme, Frances Wright (1795-1852) dont les projets, les écrits et les conférences ont pourtant fait sensation aux Etats-Unis et en Europe de 1820 à 1830. England the Civilizer est l’aboutissement d’un cheminement intellectuel et militant qui entrevoit la possibilité d’un progrès politique et social pour l’humanité. A travers le récit de l’histoire britannique, Wright y brosse une fresque de l’essor de la civilisation occidentale qui s’ancre dans la lecture des grandes histoires stadiales et conjecturales des Lumières écossaises (Kames, Smith, Millar…). Mais au fil de ses conférences et de ses écrits, Wright développe une pensée originale en prise directe avec les philosophies nouvelles de son temps – utilitarisme de Jeremy Bentham, associationisme de Robert Owen, saint-simonisme et comtisme – où l’émancipation féminine apparaît comme le véritable ressort de l’histoire.
Dans cette communication, nous nous proposons de revenir sur la carrière transnationale de Frances Wright, entre la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis, avant d’examiner l’originalité de sa lecture de l’histoire, et notamment son analyse des révolutions au prisme d’autres interprétations contemporaines de l’histoire britannique dans les milieux réformateurs proto-socialistes. Enfin, nous reviendrons sur le tableau esquissé par Wright de la destinée de la civilisation occidentale au sein de laquelle l’émancipation féminine joue un rôle moteur.
Biographies
Emmanuelle de Champs est Professeure d’histoire et civilisation britannique à CY Cergy Paris Université. Ses travaux en histoire intellectuelle portent sur l’utilitarisme de Jeremy Bentham. Elle a notamment publié Enlightenment and Utility, Bentham in France, Bentham in French (Cambridge University Press, 2015). Elle s’intéresse à la production et à la circulation des arguments utilitaristes en faveur de l’égalité des sexes au XIXe siècle ( ‘Des intérêts aux droits politiques des femmes : les théories utilitaristes de Bentham à l’époque de la Révolution française’. Annales Historiques de La Révolution Française 411, no. 1 (2023): 25–45, ‘The Interests of Women in Bentham’s Late Constitutional Thought’. In Bentham on Democracy, Courts, and Codification, edited by Xiaobo Zhai and Philip Schofield. Cambridge University Press, 2022 : 68-87). Elle a également coordonné avec Florence Clavaud le projet de transcription et d’édition collaborative en ligne “Testaments de Poilus”.
Myriam-Isabelle Ducrocq est Professeur de civilisation britannique à l’Université de Paris Nanterre et actuellement en délégation auprès du laboratoire Triangle-ENS Lyon (UMR 5206). Ses travaux portent sur l’histoire de la pensée politique et du républicanisme anglais à la période moderne et sur la circulation des idées politiques entre la Grande-Bretagne et la France au dix-huitième siècle, notamment par le biais des traductions. Parmi ses publications les plus récentes : “Portrait of the republican as Translator. Engaging with English Political Texts in the Eighteenth Century”, History of European Ideas, 2025, 1-17; « Faut-il se souvenir du républicanisme anglais ? L’héritage intellectuel du républicanisme anglais dans le temps long », XVII-XVIII [En ligne], 81 | 2024; « Translation before translation: the dissemination of Harrington’s ideas in French in the eighteenth-century », in Ideas Across Borders: Translating Visions of Authority and Civil Society in Europe, dir. Gaby Mahlberg, Thomas Munck (Londres, Routledge, 2024, pp.118-135), et une monographie, La République de Harrington dans la France des Lumières et de la Révolution, Oxford University Studies in the Enlightenment/Liverpool University Press, 2022.
| Charlotte CHASSEFIERE ● Université Lyon 3 Émancipation dans (et par) l’œuvre romanesque de Charlotte Dacre (1772-1825) : stratégies littéraires et enjeux métaleptiques |
Résumé
La popularité en demi-teinte de l’autrice Charlotte Dacre tient fondamentalement à la notion d’émancipation, centrale à sa carrière romanesque. Si le succès commercial de ses quatre romans, oscillant entre Gothique et Sentimentalisme, est dû au désir d’émancipation qui anime les péripéties de ses héroïnes, comme de ses anti-héroïnes à la philosophie scandaleuse, c’est bien l’émancipation des codes et attentes de la critique littéraire de son époque qui a valu à cette œuvre la réception critique défavorable qui l’a caractérisée pendant près de deux siècles. Transgressant ostensiblement les attentes relatives à la bienséance, à l’écriture romanesque et à un comportement féminin jugé « acceptable » au tournant du dix-neuvième siècle, les quatre romans de Charlotte Dacre s’affranchissent de ces codes sociaux et littéraires pour révéler, entre misère et noirceur, et entre libération et contrainte, l’expérience de vie des femmes à l’âge des révolutions. Dans le même mouvement, cette œuvre propose un ensemble de réflexions autour de cette notion d’émancipation, dans ses aspects légaux et sociaux, comme esthétiques et littéraires.
Menée en parallèle d’un projet de publication de monographie, issue d’un travail de thèse soutenu en 2024, cette communication proposera d’investiguer les modalités de la notion d’émancipation telle que présentée dans les romans de Charlotte Dacre, et appliquée par cette autrice dans sa praxis littéraire. Par-delà les frontières de la fiction, il s’agira également de réfléchir aux conditions historiques de constitution d’un « canon littéraire », garant (peut-être malgré lui) de la formation des corpora académiques qui font le substrat des études littéraires et de l’Anglistique de nos jours. Par là même, cette communication suggèrera également une réflexion autour des modalités selon lesquelles une certaine émancipation intellectuelle de ce canon peut être envisagée.
Biographie
Charlotte Chassefière est professeure agrégée, et enseigne l’anglais juridique à la faculté de Droit de l’université Jean Moulin, Lyon 3. Ses travaux de recherche portent sur la littérature gothique et sentimentale du tournant du dix-neuvième siècle, et particulièrement sur leurs aspects politiques et féministes. Elle est l’autrice de plusieurs chapitres et articles de revue scientifique portant sur Charlotte Dacre, autrice négligée de la période romantique. Sa thèse dédiée à cette même autrice, « Prose in Masquerade : Manufacturing Identities in the Novelistic Career of Charlotte Dacre », et soutenue en 2024 à l’université Paul-Valéry, Montpellier 3, est actuellement en cours d’évaluation pour un projet de publication auprès de Wales University Press.
| Anne-Claire FAUCQUEZ ● Université Paris 8 Emancipating American education from British influence after the Independence : the case of textbooks |
Résumé
The day after the signing of the Declaration of Independence, the Founding Fathers began to consider the creation of the new nation and society. According to these “dreamers of an educated republic” to use Barbara Finkelstein’s words, the young democracy had to be protected, and its success and preservation depended on the competence of its citizens. A literate and educated population was needed to understand political and social issues, participate in civic life, vote with knowledge, protect their rights and freedoms, resist tyrants and demagogues but also to be elected and participate to political life.
Educators and textbook authors believed education should be nationalized so that young people get to know and cherish their own country. According to the famous lexicographer Noah Webster, young Americans had to distance themselves from Europe and learn the geography and history of their own country. In Education of the Youth in 1788, he wrote « Every child in America, should be acquainted with his own country”. He should read books that furnish him with ideas that will be useful to him in life and practice. As soon as he opens his lips, he should rehearse the history of his own country; he should lisp the praise of liberty, and of those illustrious heroes and statesmen, who have wrought a revolution in her favor ». . We thus propose to look at the way in which the first American textbooks were used for this civic task. Indeed, before the creation of the common school system and the professionalization of the teaching profession, the textbook was at the center of learning and was seen as the main means to shape mentalities. How did the geography, history and reading textbooks (readers) take up this mission of citizenship education? How did they turn away from British books to offer a purely American education? What values did they convey to the new generations of patriots?
Biographie
Anne-Claire Faucquez est maîtresse de conférences en civilisation américaine à l’Université Paris 8. En 2021, elle a publié son manuscrit de thèse intitulé: “De la Nouvelle-Néerlande à New York : la naissance d’une société esclavagiste 1624-1712” . Elle travaille sur l’esclavage dans les colonies américaines, mais également sur l’écriture et l’effacement de l’histoire de l’esclavage au XIXe dans les états du Nord dans les livres d’histoire et les manuels scolaires. Elle s’intéresse par ailleurs aux problématiques plus contemporaines des mises en récit de l’esclavage dans l’espace public (les monuments et les musées). Un ouvrage issu d’un colloque international sera publié en 2026 chez Liverpool University Press intitulé « The Representation of Slavery in European museums: theoretical, curatorial and artistic approaches ».
| Clémentine GARCENOT ● University of York From silence to speech : recovering noblewomen’s revolutionary testimonies (1795-1799) |
Résumé
This paper will analyse the role of memoirs in challenging the dominant historiographical narrative surrounding noblewomen’s agency during the French Revolution. Through an interdisciplinary approach drawing on literary and historical analysis, this paper will study the memoirs of Lucy Dillon, the marquise de la Tour du Pin, titled Journal of a Fifty-Year-Old Woman (1778-1815). Lucy Dillon (1770-1853) comes from both a long line of Irish exiles and an aristocratic Anglo family, and married into French aristocracy. To escape the French Revolution, during which she faced oppression and dispossession, she emigrated from 1795 to 1799.
The memoirs, through their autobiographical aspect, reflect their author’s quest for selfdetermination, free of gender, class and formal constraints. As she travelled from France, through North America, and eventually to England, Tour du Pin adapted and reinvented herself, defying established gender roles by taking initiative and finding empowerment in her change of social and economic status. Paradoxically, she found freedom in the French Revolution’s attempt to erase her. Years later, she sought recognition by stepping out of the domestic sphere into the literary world, writing her testimony between 1820 and 1843. As memoirs consist in a work of remembrance, the paper will explore Tour du Pin’s efforts to rectify ongoing class and gender-based asssumptions. It will mention the aftermath of the texts, meaning their dissemination and reception amongst a post-Ancien Régime readership. Thus, this paper will consider memoirs as a site of and path of emancipation through the reinterpretation of History and construction of an identity, allowing for the affirmation of marginalised noblewomen’s voices.
Biographie
Clémentine Garcenot holds a PhD in English and Related Literature from the University of York (December 2024). Her thesis, titled ““I am not writing history”: the French Revolution in the memoirs of women aristocrats (1792-1843)” focuses on women’s writings, women’s history and treatments of the French Revolution. She has presented her research at twenty conferences and is currently working on her first monograph thanks to a fellowship from Manchester University Press. She holds degrees in both English Literature and in History from Aix Marseille University and currently occupies a teaching and research position at the University of Toulon. She is affiliated with both the Laboratoire BABEL at the University of Toulon and the Centre for Eighteenth-Century Studies at the University of York.
| Aurélie GODET ● Nantes Université Reenactments in Louisiana: How to convey history |
Biographie
Ancienne élève de l’École normale supérieure de Lyon, Aurélie Godet est professeur d’histoire des États-Unis à Nantes Université et membre junior de l’Institut universitaire de France. Ses recherches, longtemps centrées sur les mouvements conservateurs étatsuniens, se sont peu à peu déportées vers l’étude des « objets politiques non identifiés » (les jardins de la Maison-Blanche, le carnaval de La Nouvelle-Orléans), pour aujourd’hui s’inscrire fermement dans le champ de l’histoire culturelle du monde atlantique entre le XVIIe et le XIXe siècle. Elle vient tout juste d’achever un manuscrit intitulé Betwixt Fear and Despair : Joy in French Colonial Louisiana (1682–1769). Elle est par ailleurs conseillère éditoriale pour le Journal of Festive Studies, revue interdisciplinaire qu’elle a co-fondée en 2019.
| Sara LEUNER ● Université Paris Cité & University of Liverpool Radical Emancipation? Samuel Richardson, Mary Hays, and the raped woman in the 18th-century didactic novel |
Résumé
In the September 1797 issue of the Monthly Magazine, Mary Hays offered a contribution ‘On Novel Writing’. In it, she discusses what she views as the didactic imperative placed on the novel, through the creation and display of characters functioning as moral exemplars. She proposes as illustration Samuel Richardson’s 1748 Clarissa, a work she deems ‘exquisite’ while nonetheless abounding with ‘false and pernicious principles, […] violations of truth and nature’. Hays’ wariness towards Richardson’s endeavour is not motivated by its moralistic intent so much as the perceived implausibility of its heroine. She thus writes that ‘the character of Clarissa, a beautiful superstructure upon a false and airy foundation, can never be regarded as a model for imitation’. If Hays expresses, nearly fifty years after its publication, a rejection of Clarissa the character as a believable pattern of feminine virtue, she does not reject outright the didactic project of Clarissa the novel. Crucially, she does not reject the didactic value of sexual violence. As such, two years after her reflection ‘On Novel Writing’, Hays would produce her own examination of the raped woman as an aesthetic and ideological motif in The Victim of Prejudice (1799). This paper proposes to look into this thematic recycling, exploring the meeting points and discontinuities between the two novels. Both depict heroines placed in circumstances that gradually render their sexual violation unavoidable, and to an extent necessary to their respective educational missions. Hays’ late 18th-century narrative can thus be apprehended as both a prolongation of and an emancipation from the central tenets of Richardsonian fiction. Borrowing from a tradition structuring the 18th-century English novel, Hays repurposes it in the service of a reforming didactic project, one that denounces the gendered and moral expectations enabling feminine vulnerability to sexual violence.
Biographie
Sara Leuner is a PhD student at Université Paris Cité and the University of Liverpool, working on a dissertation entitled “The Rake’s Progress: contribution to an archaeology of predation” under the supervision of Emeriti Professors Frédéric Ogée (UPC) and Paul Baines (UoL) This doctoral project proposes an inquiry into the aesthetic and ideological uses of sexual predation as an artistic motif in the British long eighteenth century (1660-1820), through the rake archetype, understood as both a literary creation and the potential mirror of real-life practices. Sara Leuner has written an entry on the rake for the Digital Encyclopedia of British Sociability in the Long Eighteenth Century and an article on xenophobic rhetorical strategies in English rape trials in the Revue de la Société d’études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles.
| Florence MARCH ● Université Montpellier 3 – Paul Valéry Shakespeare et Citoyenneté |
Biographie
Florence March est Professeure en Théâtre britannique des XVIe et XVIIe siècles à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 et directrice de l’Institut de recherche sur la Renaissance, l’âge classique et les Lumières (IRCL, UMR 5186 du CNRS). Elle travaille notamment sur les dynamiques contemporaines de l’héritage shakespearien en France et en Europe, et sur la fonction structurante de Shakespeare dans l’histoire du théâtre populaire en France au XXe siècle, en particulier à travers la forme « festival ». Outre de nombreuses publications sur les festivals internationaux d’Avignon et de Montpellier, elle a co-dirigé Shakespeare on European Festival Stages (Bloomsbury/Arden 2022). En 2015 elle a lancé avec le festival Printemps des comédiens un programme de recherche collaborative qui relève du domaine Applied Shakespeare : « Shakespeare et citoyenneté ». Elle est co-directrice de la revue internationale Cahiers Elisabéthains et co-rédactrice en chef de la revue en ligne Arrêt sur Scène / Scene Focus (OpenEdition). Page professionnelle.
| Elodie PEYROL-KLEIBER ● Université de Poitiers L’histoire vivante comme médiation scientifique |
Biographie
Elodie Peyrol-Kleiber est maîtresse de conférences HDR en civilisation américaine. Elle s’intéresse aux différentes formes de travail non libre tels que développées dans les colonies anglaises et françaises des XVIIe et XVIIIe siècles. Elle a co-dirigé l’ouvrage Agents of European Overseas Empires, private colonisers, 1400-1800, publié en 2024 à Manchester University Press. Elle organise par ailleurs des événements d’histoire vivante qui visent à rendre accessible l’histoire des Amériques à un large public. Elle a organisé, grâce à de nombreuses collaborations pédagogiques et scientifiques « Plongez dans le passé : l’Amérique des XVIIe et XVIIIe siècles à Poitiers » le 22 juin 2024 et prépare actuellement « Plongez dans le passé : la France et la Révolution américaine » qui aura lieu les 27 et 28 juin à La Rochelle (muséum d’histoire naturelle et musée du Nouveau Monde). Elle est également co-rédactrice du Journal of Early American History, publié par Brill.
| Armelle SABATIER ● Université Panthéon-Assas Sea, Clouds and Clay: Envisioning Emancipation in Blue in Shakespeare’s Antony and Cleopatra (1607) |
Résumé
“Nay, but this dotage of our general’s /Overflows the measure” (Antony and Cleopatra 1.1.1-2). Shakespeare’s Roman tragedy opens onto the metaphor of an excess of water, a vital, life-sustaining, yet non-human element that pervades the whole play in different states of matter, ranging from the Mediterranean sea and Nile river to the indistinct clouds and racks through the composite of clay and slime, mixtures of water and earth. This initial metaphor becomes entangled with the concept of legal and political emancipation when the eponymous characters enter the stage. As Cleopatra encourages her lover to severe ties with Rome and Caesar (“Take in that kingdom and enfranchise that” 1.1.24), Antony consents to this demand, calling for the dissolution of the Roman empire (“Let Rome in Tiber melt, and the wide arch /Of the ranged empire fall” 1.1.34-5). This inaugural picture interlacing emancipation with liquefaction initiates the multifaceted representation of enfranchisement and enslavement, two opposite movements driving the unfolding of the plot. While the fluidity of the river Cydnus is imagined as the locus of seduction and desire, the slime of the “o’erflowing Nilus” (1.2.51) holds back Antony from his political duty, the only liberation for this dilemma being death, symbolised by the “indistinct clouds” present in “the blue promontory” (4.14.6). While relying upon critical categories set forth by the emerging research field of Blue Humanities, this paper seeks to discuss some of the literary devices used in this play to aestheticize the different types of emancipations (legal, political, but also emotional) that are figured forth through water polymorphy. This study will investigate recent notions stemming from the “water thinking” movement embodied by Steve Mentz as well as concepts interweaving intermediality with ecocriticism such as Gabriele Rippl’s theory of “eco ekphrasis”.
Biographie
Armelle Sabatier is Senior Lecturer at Université Paris-Panthéon-Assas. She is a member of the research group VALE at Sorbonne Université. She is specialized in early modern literature, her main field of research being intermediality and colour studies. She has published many articles and chapters on visual arts and also colours in Shakespeare. She is the author of Shakespeare and Visual Culture. A Dictionary (London, Bloomsbury Publishing, 2016). She has also co-edited with Camilla Caporicci, The Art of Picturing in Early Modern English Literature (New York and London, Routledge, Routledge Studies in Shakespeare, 2019). Her next monograph explores the colour red in Shakespeare’s narrative poems (provisional title: Fleurs de Sang. Poétiques du rouge dans les poèmes narratifs de Shakespeare). Her new research project focuses on Blue Humanities, more precisely the literary and artistic representations of water and its different states of matter.
| Maïann STACHNIK ● Sorbonne Université Emancipating Native American Christianity: the Case of 18th-century Wampanoag Churches in Massachusetts |
Résumé
In The Indian Great Awakening (2012), Linford D. Fisher established a relationship between 18th-century Indigenous land rights activism and Native American Separatism, a phenomenon through which Native churches cut themselves off from Congregationalism, the majority branch of Protestantism in the New England colonies. In such churches, Indigenous Christianity had effectively emancipated itself from the racially prejudiced hierarchies and policing of religious practices imposed on Native worshipers by English clergymen. Native Separatism thus allowed these individuals to articulate their experience of Christianity and their will to separate from a society of settlers which persecuted them. However, I want to demonstrate how some Indigenous churches, including Wampanoag churches in Massachusetts, remained affiliated with English Congregationalism while emancipating themselves from English control over their forms of worship, which allowed them to sustain distinctly Indigenous forms of Christianity as well as to coordinate strategies to protect Wampanoag lands. Indeed, between the 1710s and the 1750s, Wampanoag Christians resisted an increasing number of attempts to replace their Native ministers with English ones, while a Wampanoag ministry had been developing since the late 17th century. My main goal for this paper is to explore the ways in which some Wampanoags relied on the networks of Congregationalism to advocate their control over their churches, thus calling for the emancipation of Wampanoag Christian worship from within. In this context, emancipated worship was fought for and achieved without separation being seen as necessary, which illustrates the complex relationship between Wampanoag Christianity and Congregational institutions.
Biographie
Maïann Stachnik was a student at ENS Paris Saclay from 2020 to 2024, and she received the agrégation in 2023. She is now a PhD Student at Sorbonne Université under the supervision of Nathalie Caron (Sorbonne Université) and Anne Page (Aix-Marseille Université), as well as a member of the research unit HDEA. Her research focuses on Christianity among Native American youth in New England in the 17th and 18th centuries. She is interested in the hybrid beliefs and practices of Algonquian children and adolescents, as well as in the relationship between the indigenization of Christianity among youth and resistance to colonial violence.
| Bertille VERDIER ● Université de Poitiers Réinterroger l’histoire de la traite des pelleteries : entre héritage et émancipation historiographique |
Résumé
L’histoire de la traite des pelleteries, ou « commerce des fourrures », a suscité depuis le XXᵉ siècle une abondante historiographie. Celle-ci couvre un large spectre, des approches économiques aux études des sociétés et des interactions entre Européens et Autochtones, en passant par des recherches centrées sur les acteurs de la traite, notamment les coureurs de bois et les marchands impliqués dans le commerce transatlantique. Toutes ces études, strates superposées de la recherche sur l’histoire nord-américaine, ne sauraient pourtant constituer un horizon définitif. Depuis les années 1980, plusieurs courants historiographiques se sont affirmés, tels que l’histoire environnementale et, plus récemment, l’histoire animale. D’autres perspectives se sont ouvertes, notamment autour de l’histoire des populations autochtones, tandis que de nouveaux champs émergent, comme l’histoire spatiale, dessinant ainsi une cartographie toujours plus complexe et mouvante des regards portés sur le passé3. Il s’agit alors, de revenir sur les paradigmes d’étude du commerce des fourrures afin de les confronter aux apports des nouvelles perspectives critiques, pour ouvrir la voie à une réflexion renouvelée sur les dynamiques coloniales, interculturelles, diplomatiques et spatiales. Dès lors, l’histoire de la traite des pelleteries se situe à un point d’inflexion, entre héritage et émancipation historiographique.
Biographie
Bertille Verdier est doctorante en première année à l’Université de Poitiers sous la direction d’Elodie Peyrol-Kleiber. Elle travaille sur le castor et sa traite en Amérique du Nord, au sein des empires français et anglais au cours du XVIIe siècle. Elle s’intéresse plus particulièrement aux stratégiques territoires de chasse et leur intérêt politique et social à la fois pour les Autochtones et les colons. Elle participe à l’organisation de l’événement d’histoire vivante « Plongez dans le passé : la France et la Révolution américaine » (27-28 juin 2026) et dans ce cadre à la conception d’un panneau d’exposition sur l’importance du commerce des pelleteries dans la Révolution américaine.
| Claire WROBEL ● Université Panthéon-Assas (S’)émanciper par le rire : Bentham, Hogarth et la satire |
Résumé
Loin de redouter la puissance des images, Jeremy Bentham (1748-1832) cherchait à la mettre au service de son entreprise de critique et de réforme juridique. Un fort courant satirique traverse son œuvre, dont le but était non seulement de corriger l’erreur mais également de dénoncer la folie et la tromperie qui l’encouragent. Il admirait William Hogarth, en qui il voyait un « législateur indirect » dont l’art avait des effets sociaux tangibles. L’art de Hogarth a également in-formé son écriture satirique, au point que Bentham, qui possédait chez lui une reproduction de la gravure de Hogarth intitulée Hudibras’s First Adventure, a pu décrire un de ses propres textes attaquant le Lord Chancellor comme un « progress » : « that of a fee-gathering judge ». Dans les dernières décennies de sa vie, cependant, c’est peut-être plus vers la caricature à la Cruikshank ou à la Gillray (autres artistes évoqués par Bentham) que se tourne le réformateur pour susciter un rire mêlé d’indignation et d’effroi, notamment au moyen d’anatomies monstrueuses. L’analyse, qui s’appuiera sur le « tournant visuel » récemment pris par le champ « droit et littérature », ainsi que sur l’intérêt croissant qui y est porté à toute la gamme d’émotions qui informaient la théorie et la pratique du droit au tournant du XVIIIe siècle, portera sur « Lord Brougham Displayed », « Indications respecting Lord Eldon » et « A Picture of the Treasury », dont le Bentham Project de UCL vient de rendre disponible une version pré-publication.
Biographie
Claire Wrobel est maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches à l’Université Paris-Panthéon-Assas et membre du laboratoire VALE (Voix Anglophones, Littérature et Esthétique – Sorbonne Université). Sa monographie Roman noir, réforme et surveillance en Angleterre (1764-1842) : Gothique et panoptique (Classiques Garnier, 2022), finaliste du prix de la recherche SAES/AFEA en 2023, propose une lecture croisée des œuvres de Jeremy Bentham et d’Ann Radcliffe. Ses publications récentes incluent un chapitre sur « Fiction and Legal Ideology » dans le Research Handbook on Law and Utilitarianism (dir. G. Tusseau, Edward Elgar, 2024), l’entrée « Panopticism » dans la Elgar Concise Encyclopedia of Law and Literature (dir. R. Spoo et S. Stern, Edward Elgar, 2025) ou encore un article intitulé « Re-envisioning Astraea : Myth and Vision in Jeremy Bentham’s ’Blackstone Familiarized’ » (XVII-XVIII n°81, 2024). Ses travaux proposent d’une part une relecture de l’œuvre de Jeremy Bentham à l’aide des différentes méthodologies développées depuis le champ « droit et littérature » et d’autre part une étude de la réception des idées benthamiennes à l’époque contemporaine, en particulier du modèle panoptique, qui a essaimé à la fois dans la critique littéraire, dans les surveillance studies et dans la fiction.

