Atelier ETUDES MANUSCRITES

Responsables de l’atelier : Guillaume Coatalen (Université Versailles Saint-Quentin), Blandine Demotz (CY Cergy-Paris Université/Université Jean Moulin Lyon 3) 

Résumés 

Coatalen, Guillaume, Université Versailles Saint-Quentin, guillaume.coatalen@uvsq.fr  

Les femmes et l’italique : comment s’affranchir du modèle imposé dans l’Angleterre de la première modernité 

L’italique est considérée comme une écriture facile à apprendre aux XVIe et XVIIe siècles en Angleterre, raison pour laquelle les femmes n’apprennent pas la « secretary hand », écriture plus courante réservée aux hommes, et ne manient qu’une écriture. Or, une étude plus approfondie de l’italique telle qu’elle est pratiquée par les femmes révèle une extrême variété de formes et une véritable appropriation personnelle d’un modèle imposé. Ainsi, l’écriture de la reine Élisabeth Ire rappelle celle de Montaigne, et s’inscrit dans une tradition clairement humaniste, alors que d’autres écritures de femmes moins savantes présentent des caractéristiques dont l’origine est plus difficile à saisir. Cette communication examinera des formes remarquables qui semblent répondre à un but esthétique mais aussi d’affirmation de soi.  

Si l’écriture fait l’homme, elle fait peut-être aussi la femme.   

Guillaume Coatalen est professeur en études anglaises à l’UVSQ. Il a publié sur des sujets variés, dont les manuscrits, la traduction, la rhétorique, la correspondance française de la reine Elisabeth Ière, et les sonnets pétrarquistes. Il est l’auteur de Two Elizabethan Treatises on Rhetoric: Richard Rainold’s Foundacion of Rhetoricke (1563) and William Medley’s Brief Notes in Manuscript (1575) (Brill, 2018) et co-auteur de Elizabeth I’s foreign correspondence: letters, rhetoric, and politics (Palgrave Macmillan, 2014), Translating Petrarch’s Poetry: L’Aura del Petrarca from the Quattrocento to the 21st Century (Legenda, 2020), et de Corpus feminæ : Identité auctoriale et matérialité des écritures féminines en Europe, XVIe-XVIIIe siècles (PU Blaise Pascal, 2025). Son prochain ouvrage sur la figure du poète dans les pièces de la première modernité paraîtra chez MUP. 

Daza, Océane, Université Le Havre Normandie, daza.oceane@gmail.com  

S’affranchir de la mer : entre matérialité et imaginaire identitaire 

Dans l’entre-deux-guerres, la Grande-Bretagne oscille entre repli insulaire et désir de rapprochement avec la France. Sir William Bull, député conservateur passionné de technologie et figure centrale de l’Association pour le Tunnel sous la Manche, consigne dans son journal intime atypique les débats nationaux sur la question du lien physique entre la Grande-Bretagne et le continent que représente le Tunnel sous la Manche. En effet, Sir William Bull nous offre un ensemble d’archives singulières qui permet d’interroger l’idée d’émancipation sous un angle inattendu : celui des pratiques manuscrites et de leur matérialité. 

Son journal intime est loin de correspondre au modèle traditionnel de l’écriture personnelle et se présente comme un espace hybride, de collecte et d’assemblage, où l’écriture manuscrite cohabite avec une vaste collection de lettres, de correspondances officielles et privées, ainsi que de nombreuses coupures de presse. Ainsi, les discours se corrigent, se nuancent et se complètent. 

Ni purement intime ni strictement documentaire, cette archive polyphonique, où s’entrelacent les visions utopiques et critiques, nous permet d’interroger la notion d’émancipation, thème central de ce congrès, sous ses formes les plus multiples. Il est important de noter qu’ici, l’émancipation ne se manifeste pas sous la forme d’une rupture violente ou d’une insurrection. Elle apparait plutôt à travers le processus de redéfinition de l’identité britannique mais aussi à travers le journal intime composite de Bull qui s’émancipe d’un narratif historique officiel ordinaire. 

En archivant méthodiquement ces documents privés et publics, Bull crée un espace où se confrontent les débats politiques, les inquiétudes militaires, l’opinion publique, les réflexions techniques des ingénieurs, la vision de l’Association et sa propre position. Les visions du territoire britannique sont ainsi cristallisées : d’un côté, l’ouverture, et de l’autre, l’identité fondée sur un isolement protecteur. Deux visions qui font écho à des débats plus contemporains tels que le Brexit mais aussi autour de thématiques comme l’appartenance et la frontière. 

L’enjeu de ma communication sera donc le suivant : montrer comment cet ensemble d’archives 

symbolise une forme d’émancipation qui s’écrit, se colle et se commente, mais également d’aborder la complexité d’étudier un tel assemblage. 

Océane Daza est doctorante en 3e année à l’Université Le Havre Normandie sous la direction du Professeur Myriam Boussahba-Bravard au sein du laboratoire du GRIC. Sa thèse est intitulée: « Entre journal intime et campagnes pour le Tunnel sous la Manche : Sir William Bull, député, 1918-1930, Grande-Bretagne ». Par ailleurs, elle a obtenu un contrat doctoral établissement et enseigne donc à l’Université du Havre. 

Demotz, Blandine, CY Cergy-Paris Université/Université Jean Moulin Lyon 3, blandine.demotz@univ-lyon3.fr  

S’émanciper de son maître : holographie et autographie dans la correspondance de Thomas Cromwell 

À la lecture des manuscrits des hommes d’État à l’époque moderne, il apparaît rapidement qu’une large majorité des documents sont écrits non pas par ceux qui apposent leur signature, mais davantage par des secrétaires ou des clercs qui doivent reproduire le plus fidèlement possible la voix de leur maître. Thomas Cromwell ne fait pas exception à ce procédé, et de nombreuses mains différentes peuvent être identifiées au sein de sa correspondance. Cela n’a rien d’étonnant au vu de la charge de travail qui incombe à Cromwell, en tant que ministre sinon omnipotent, du moins omniprésent au sein de l’administration henricienne, durant la décennie 1530. Pourtant, certaines lettres sont bien de la main du ministre. Il s’agira donc de comprendre ce qui motive l’écriture autographe, par opposition au recours à un secrétaire. S’agit-il simplement d’un concours de circonstances, ou d’une forme de rhétorique sous-jacente ? On tentera ainsi de comprendre l’apport symbolique du recours ou non à un secrétaire. 

Blandine Demotz est doctorante en études anglophones à CY Cergy-Paris Université, au sein du laboratoire Héritages et ATER à l’université Lyon 3 Jean Moulin. Sa thèse, intitulée « “I require you on the kynges behalfe that ye procede” : agentivité et autorité étatique dans les lettres de Thomas Cromwell (1532-1540) » vise à étudier la façon dont Cromwell, en tant qu’homme d’État, construit son statut d’épistolier, en accord avec sa position d’autorité au sein du gouvernement. Blandine Demotz a également rédigé un article pour la revue Caliban (2023) autour de la question de la religion comme outil d’inclusivité dans les lettres de Cromwell, ainsi qu’un article pour Les Cahiers A’Chroniques (2024) traitant de la façon dont les codes épistolaires dissimulent autant qu’ils révèlent la position individuelle de Thomas Cromwell. Elle a également édité une lettre non publiée de Cromwell pour la Reformation and Renaissance Review (2025). 

Morrison, Stephen, Université de Poitiers, stephen.morrison@univ-poitiers.fr 

The Base Manuscript: A Cut Above the Rest. 

How does an editor of a medieval text, extant in multiple copies, decide on which copy (or copies) to base his or her edition? Since the middle of the nineteenth century, a common method used by editors faced with this situation, has been that known as recension (recensio), attributed to Karl Lachmann (1793-1851), a German philologist, despite misgivings expressed as to its effectiveness. The principle of recension is the grouping of such manuscripts into families based on the observation of shared error. In this talk, I propose to examine five late Middle English sermon manuscripts with a view to determining how effective, and useful, it may be. 

Stephen Morrison est professeur émérite de l’université de Poitiers. Spécialiste de philologie anglaise médiévale, il a publié de nombreux articles et ouvrages sur les questions de transmission, de continuité et d’innovation littéraire à l’époque médiévale. 

Nagot, Maëlle, Université Paris Cité/Université du Surrey, maellenagot@yahoo.fr  

« This is a Liberty field », ou la page comme terrain de jeu dans les carnets de Katherine 

Mansfield 

Sur une page d’un manuscrit de Katherine Mansfield apparaissent, tracés à l’envers et au crayon à papier, les contours d’une carafe. À l’intérieur, un entrecroisement de lignes ténues suggère des plantes ou un bouquet de roses. Au bas de la page flotte, en lieu et place de légende, une question sans réponse : « jug of cocoa ? ». 

Cet exemple illustre avec force les tensions entre langue et image dans les carnets de Mansfield. Il dévoile aussi l’espièglerie évidente qui préside à ces rapports. Le thème apparent du dessin – un pichet… de fleurs – contredit son titre, dont le point d’interrogation invalide pourtant l’autorité. Dans le même temps, les mots « jug of cocoa » jettent une lumière nouvelle sur la forme qu’ils qualifient, invitant un effort d’imagination qui n’est pas sans rappeler la souplesse créative d’un esprit d’enfant : seraient-ce donc des fèves de cacao, dissimulées sous les traits d’un rosier ? 

Cette communication explore le dynamisme irrépressible et joueur des « barbouillages » (Prosser, 2010) de Katherine Mansfield. À partir de contributions récentes sur les liens entre l’écriture littéraire et cette distraction graphique que l’anglais appelle doodling (Battles, 2004; Bennett, 2020; Allen, 2021; Gould, 2022; Mercurio and Gabelman, 2025), nous proposons une lecture inédite des manuscrits de l’une des figures majeures du mouvement moderniste. De visages dépourvus de bouche à des cerfs-volants aux allures de papillon, il naît sous la plume de la nouvelliste des formes mouvantes, capricieuses, qui non seulement menacent sans cesse de déborder le cadre du carnet, mais défient même la fonction référentielle du langage. Elles se dotent ainsi d’une étonnante vitalité, effaçant presque l’agentivité de la main qui les a produites. 

Tantôt, ces ébauches se fondent dans le texte et brouillent les frontières entre signes linguistiques, marques asémiques et impressions figuratives ; tantôt, elles se substituent tout à fait à l’écriture – invasion progressive de traces foisonnantes, polymorphes et facétieuses qui s’affranchissent continuellement des marges auxquelles le sérieux du métier d’auteur voudrait les assigner. 

Maëlle Nagot est doctorante en littérature anglophone à Université Paris Cité et l’Université du Surrey. Elle travaille à une lecture critique des journaux intimes de Mary Shelley, Louisa May Alcott, Alice James et Katherine Mansfield. Sa thèse explore les manifestations textuelles de l’impersonnalité, entendue comme la démultiplication, l’érosion, ou l’effacement de la première personne, dans un genre pourtant dévolu à l’expression de soi. Intéressée, dans cette optique, par les questions de genre, mais également par les récits de maladie et les études sur les mobilités transnationales et coloniales, Maëlle Nagot a publié des traductions de Valéry Brioussov et de Henry James, un article sur la dispersion de l’identité individuelle dans le journal d’Alice James (Journal of Arts Writing by Students, 2025), ainsi qu’une recension à paraître dans les Cahiers victoriens et édouardiens (2026) 

Pennéguès, Maëlle, Sorbonne Université/Aix-Marseille Université, pennmael@gmail.com 

L’évolution comptable de l’East India Company au XVIIe siècle. 

Les agents anglais qui arrivent en Asie au début du XVIIe siècle transposent leurs habitudes acquises dans le commerce européens, ce qui passe par la typologie de comptabilité. La comptabilité dite « hanséatique » utilisée par la compagnie traitait chaque expédition séparément, et devait permettre une organisation du commerce avec plusieurs agents afin de faire face aux difficultés liées à la distance et aux problèmes techniques et climatiques. 

Ce système comptable souffre du grand nombre d’agents et de régions commerciales. De plus, les cadres de la compagnie doivent aussi se former aux coutumes du commerce local, qu’elles soient législatives ou proprement de l’ordre de l’habitude afin d’éviter les litiges qui seraient dommageables à la compagnie. C’est pour cela que Lucas Antheunis laisse des instructions et des commentaires sur le commerce local à son successeur Thomas Samuel. Ces différents éléments techniques permettent comprendre pourquoi tous les marchands de la compagnie devaient auparavant avoir eu un expérience commercial maritimes car cette typologie de commerce avait un grand nombre de contraintes propres que des néo-marchands ayant terminé seulement leur apprentissage ne pouvaient pas maîtriser. Notre communication vise à analyser l’évolution comptable anglaise et son uniformisation au long du XVIIe siècle. 

Maëlle Pennéguès est doctorante à l’université de la Sorbonne et ATER à Aix-Marseille Université. Sa thèse, intitulée « Le Siam et l’East India Company 1587-1688. Étude d’un premier âge colonial et de la non-implantation anglaise au Siam », explore le développement d’un nationalisme siamois en opposition aux velléités coloniales européennes entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe siècle. Ses recherches doctorales portent sur l’échec de l’implantation européenne au Siam entre les XVIe et XVIIe siècle en portant la focale sur l’Angleterre. Si la thèse porte sur les entreprises européennes elle a à cœur d’étudier le rôle des Khunnang et le contrôle de ces derniers par le pouvoir royal, en particulier dans le cadre du commerce.