Responsables de l’atelier
Marianne DRUGEON (Université Montpellier Paul-Valéry)
Aloysia ROUSSEAU (Sorbonne Université)
| Elisabeth ANGEL-PEREZ ● Sorbonne Université Brexit, Empire: « Storm over the Channel, Europe isolated »… – émancipation et géopolitique sur la scène britannique contemporaine |
Résumé
Professeure de littérature anglaise (théâtre) à Sorbonne-Université, Elisabeth Angel-Perez a publié abondamment sur le théâtre moderne et contemporain. Ses domaines de prédilection sont théâtre et politique, théâtre du traumatisme, la voix au théâtre (Howard Barker, Edward Bond, Martin Crimp, Caryl Churchill, Jez Butterworth, debbie tucker green) ou encore les nouvelles modalités de la tragédie (Martin Crimp, Caryl Churchill, Tom Stoppard, Nick Gill). Sa dernière monographie s’intitule Le Théâtre de l’oblitération, essai sur la voix photogénique, un concept qui permet d’appréhender sous un jour nouveau les écritures qui frustrent le regard pour ne donner à voir que des voix. Elisabeth Angel-Perez a également traduit de nombreux textes pour le théâtre ou l’opéra (Barker, Crimp, Churchill, Gill, Harrower, Kirkwood, Mamet, Payne, etc.).
| Dominic CHAMAYOU-DOUGLAS ● Université de Lille et University of Kent L’argent comme un outil émancipatoire dans la dramaturgie britannique |
Résumé
Depuis le début du siècle, la dramaturgie britannique a connu un essor sepctaculaire en termes de productions, d’auteurs et d’organisations théâtrales centrées sur l’écriture contemporaine. Cette vague de dramaturgie a conquis le paysage théâtral, ainsi que quelques scènes à l’étranger, entraînant l’émergence d’auteurs reconnus à l’échelle internationale, tels qu’Alice Birch, David Greig ou Simon Stephens. Ce moment de floraison est malheureusement révolu, mais l’argent a laissé une empreinte perceptible sur plusieurs aspects de la dramaturgie britannique, en termes de thèmes abordés, d’invention formelle et de considérations plus prosaïques. Cette communication présentera l’influence de l’argent sur plusieurs aspects du champ dramaturgique, ainsi que des exemples concrets de l’impact de l’idéologie capitaliste sur le fonctionnement des théâtres de « New Writing ».
Biographie
Dominic Chamayou-Douglas is a PhD Researcher at the Universities of Kent (UK) and Lille (Fr) whose areas of interest include contemporary playwrighting, translation, narratology and writer-technology interactions. He is a practicing playwright, translator and theatre maker whose work has been performed in the UK and France. He also co-founded and produced the Paris Fringe festival from 2016- 19, an international festival of contemporary theatre.
| Méline DUMOT ● Université Clermont-Auvergne L’émancipation du spectateur: théorie et pratique |
Résumé
« J’en suis capable ». Voilà selon Jacques Rancière l’un des deux piliers de l’émancipation du spectateur, le second étant : « je suis capable d’une capacité qui est celle de n’importe qui »1. Mais qu’en est-il dans la pratique ? Je propose d’interroger le travail théorique de Rancière (Le Spectateur émancipé) à partir d’enquêtes de terrains réalisées dans le cadre de ma thèse. Je me concentrerai sur deux productions théâtrales spécifiques : l’une, intitulée King Lear (approximately), est une mise en scène amatrice créée par le théâtre du Sycomore à Tournon-sur-Rhône en 2023 ; l’autre, Hamlet en 30 minutes, par la compagnie Bruiquicourt, a été proposée au festival « Théâtre sur un Plateau » à Montrevel en Bresse à l’été 2023. Ces deux mises en scène s’approprient Shakespeare via des formats courts (40 minutes et 1h15 respectivement), et cherchent à présenter le texte shakespearien de façon accessible. La crainte de ne pas comprendre Shakespeare, exprimée par les personnes interrogées, est particulièrement intéressante si l’on considère la question de l’émancipation et de la capacité égale des spectateurs contemporains à accéder à l’œuvre shakespearienne. La réception française de cet auteur canonique du théâtre britannique sera ainsi au centre de ma réflexion. L’enjeu de ces deux spectacles est-il de cultiver l’émancipation du spectateur ? Comment la prise de conscience d’un « j’en suis capable » est-elle recherchée par ces mises en scène ? De quelle manière les spectateurs et les spectatrices articulent-ils la dimension émancipatrice de leur expérience ? Quelles sont les limites de la pensée de Rancière confrontée à la pratique ? Pour répondre à ces questions, je m’appuierai sur des données qualitatives recueillies lors d’entretiens menés auprès des publics de ces deux spectacles.
Bibliographie
Aboudrar Bruno Nassim et François Mairesse, La Médiation culturelle, Paris : P.U.F., coll. « Que sais-je ? », 2013.
Boutin Gérald, L’Entretien de recherche qualitatif, Québec : Presses de l’université du Québec, 1997.
Coulangeon Philippe, Sociologie des pratiques culturelles, Paris : La Découverte, 2010.
Delfosse Claire, « Patrimoine-culture en milieu rural : désert culturel ou foisonnement ? », Pour, vol. 226, no 2, GREP, 2015, p. 29-38.
Delfosse Claire et Pierre-Marie Georges, « Artistes et espace rural : l’émergence d’une dynamique créative », Territoire en mouvement Revue de géographie et aménagement. Territory in movement Journal of geography and planning, no 19-20, Université Lille 1 Sciences et Technologies, 1er mai 2013, p. 60-76.
Dumez Hervé, Méthodologie de la recherche qualitative, Paris : Vuibert, coll. « Hors collection », 2016.
Neveux Olivier et Armelle Talbot, « Penser le spectateur », Théâtre/Public, no 208, 31 mai 2013 (consulté le 29 octobre 2025).
Purcell Stephen, Shakespeare and Audience in Practice, Basingstoke : Palgrave Macmillan, 2013.
Rancière Jacques, Le Spectateur émancipé, Paris : La Fabrique, 2008.
Robinson Jo, Theatre & The Rural, Londres et New York : Bloomsbury Publishing, 2016.
Biographie
Méline Dumot est doctorante à l’Université Clermont-Auvergne depuis septembre 2022 et travaille sur les publics de la scène shakespearienne au 21ème siècle, sous la direction de Madame Sophie Chiari. Elle est actuellement ATER à l’Université Côte d’Azur. Elle a publié plusieurs articles, dont « Henry VIII on the Anglophone contemporary stage: iterating an unpopular play », dans la revue Coup de théâtre en février 2025, et « King Lear and Cultural Mediation: An Accessible Play? », dans la revue Représentations dans le monde anglophone en décembre 2023. En 2023, elle a obtenu le Prix du Mémoire de la Société Française Shakespeare pour son travail de Master 2 sur les mises en scène numériques du théâtre de Shakespeare pendant la pandémie du Covid-19.
| Dinah PEDARROS ● Université Paris Nanterre Mettre en scène l’émancipation empêchée : Topdog/Underdog de Suzan-Lori Parks sur la scène française |
Résumé
Dans Topdog/Underdog, Suzan-Lori Parks met en scène une émancipation afro-américaine fondamentalement entravée, qui apparaît moins comme un processus d’accès réel à la liberté que comme une illusion façonnée par l’histoire raciale américaine. À travers la trajectoire de deux frères noirs, Lincoln et Booth, la pièce explore l’écart entre émancipation juridique et émancipation vécue dans l’Amérique post–droits civiques, en montrant comment les rapports de domination raciale continuent de structurer les subjectivités et les relations intimes. La fraternité ne constitue pas un espace de solidarité émancipatrice, mais devient le lieu d’une rivalité destructrice héritée d’un système fondé sur une structure de dominant/dominé, où la quête d’identité et de reconnaissance sociale est centrale. Dans un spectacle de foire, le personnage de Lincoln rejoue sans cesse l’assassinat du président Abraham Lincoln, soumettant son corps à une violence ritualisée. Ce dispositif renverse l’héritage du blackface et du minstrel show : le corps noir porte le visage blanc, révélant les limites d’une émancipation fondée sur la performance d’une norme dominante et sur l’objectification raciale. Booth, quant à lui, cherche à s’émanciper par l’imitation de modèles de réussite et de pouvoir fondés sur la masculinité hégémonique. Cette communication se propose d’examiner la mise en scène française de Topdog/Underdog par Philip Boulay, présentée au Théâtre de l’Athénée en 2007, à partir de la problématique suivante : comment cette mise en scène transforme-t-elle la critique de l’émancipation noire formulée par Parks, et que révèle ce déplacement culturel du regard français sur les rapports fraternels et raciaux ? En abordant ce spectacle comme un objet de transfert culturel, il s’agira d’analyser la scène française comme un espace de traduction interculturelle où les enjeux politiques, raciaux et historiques du texte se reconfigurent à travers des choix esthétiques et dramaturgiques spécifiques. L’analyse portera notamment sur les effets de « défamiliarisation » produits par la mise en scène : le traitement de l’espace scénique, la direction d’acteurs, et surtout la mise en scène de ce contexte racial et historique américain. Ces choix tendent à déplacer la question raciale vers une lecture plus symbolique et universalisante du lien fraternel, au risque de neutraliser partiellement la dimension spécifiquement afro-américaine de la pièce. En examinant la manière dont les références au blackface, à la performance raciale et à l’histoire afro-américaine sont traduites, atténuées ou transformées sur la scène française, cette communication montrera que Topdog/Underdog devient un lieu privilégié d’interrogation à la fois théâtrale, politique et culturelle sur les limites de l’émancipation noire, ainsi que sur les représentations françaises contemporaines.
Bibliographie
ALSHAMMARI Intisar Sabah, Cookie and Grace in Suzan-Lori Parks‟ Topdog/Underdog: A Critical Character Sketch, International Journal of English Language & Translation Studies, 5(4). 64-68, 2017.
BETHUNE Christian, « Minstrelsy », L’Homme, 2007/3 (n° 183), p. 147-161.
BIET, Christian et TRIAU, Christophe, Qu’est‑ce que le théâtre ?, Paris, Gallimard, Folio Essais, 2006.
BOISSON Bénédicte, FERNANDEZ Laure, VAUTRIN Éric, Le cinquième mur – Formes scéniques contemporaines & Nouvelles théâtralités, Les presses du réel, 2021.
BROWN-GUILLORY Elizabeth, Their place on the stage : Black women playwrights in America, New York, Greenwood press, Contributions in Afro-American and African studies, 1988.
CHALAYE Sylvie, Race et théâtre Un impensé politique, 2020.
DAWKINS Laura, Family Acts :History, Memory, and Performance in Suzan-Lori Parks’s The America Play and Topdog/ Underdog, South Atlantic Review, 74.3, 82-98, 2009.
HESSE-WEBER Armelle, « Adaptation théâtrale de textes étrangers : histoire et enjeux »,Horizons/Théâtre, pp. 8-21, 2013.
JOUVE, Emeline. “Through the Looking Glass. The Wooster Group’s The Emperor Jones (1993, 2006, 2009): Representation and Transgression.” Revista de Estudios Norteamericanos 17 (2013): 61-80.
PAVIS Patrice, Le théâtre au croisement des cultures, José Corti, Paris, 1990.
REILLY Kara, Contemporary approaches to adaptation in theatre, Studies in Theatre and Performance, Palgrave Macmillan, 2017.
SALZMAN, Jack, David L. Smith, and Cornel West (eds.). Encyclopedia of African-American Culture and History. New York: Macmillan Library Reference, 1996.
TCHAMITCHIAN, Raphaëlle. « “Showing Her Ass Off in Her Iron Cage”: Dis(-re-) membering the Black Female Body in Suzan-Lori Parks’s Venus ». Revue française d’études américaines, 2022/2 No 171, 2022. p. 80-91.
Biographie
Dinah Pedarros est doctorante au Laboratoire HAR (Histoire des Arts et des Représentations) de l’Université Paris Nanterre, sous la direction d’Émeline Jouve (Université Toulouse Jean Jaurès) et de Christophe Triau (Université Paris Nanterre). Ses recherches portent sur le théâtre étatsunien sur la scène française contemporaine. Elle est par ailleurs diplômée d’un master 2 en administration culturelle et d’un diplôme de conservatoire à rayonnement régional, en tant que metteuse en scène et comédienne.
| Déborah PRUDHON ● Aix-Marseille Université Le théâtre jeune public de Tim Crouch : un théâtre d’émancipation |
Résumé
Cette présentation se propose d’examiner le théâtre jeune public de Tim Crouch comme un théâtre d’émancipation, qui repense en profondeur la place et le rôle du jeune spectateur. Loin d’un théâtre didactique, Tim Crouch développe des formes scéniques exigeantes qui font le pari de l’intelligence, de la sensibilité et de la capacité critique des enfants et des adolescents. À travers ses pièces destinées au jeune public, et notamment ses réécritures décentrées de Shakespeare, Crouch met en place des dispositifs minimalistes où le visible est souvent réduit au profit de la parole, de l’écoute et de l’imaginaire. Le spectateur est alors invité à devenir co-créateur du spectacle, à combler les vides, à construire mentalement les images et à interroger les points de vue proposés. Ce déplacement du regard – vers des personnages marginalisés et des voix mineures – participe d’une logique d’émancipation esthétique et politique, en encourageant l’autonomie interprétative et l’empathie. En plaçant l’écoute au cœur de l’expérience théâtrale et en refusant toute condescendance envers son jeune public, le théâtre de Tim Crouch ouvre un espace de liberté où le spectateur est invité à penser par lui-même, à douter et à imaginer. Cette présentation montrera ainsi comment le théâtre jeune public de Crouch constitue un puissant outil d’émancipation, à la fois esthétique, imaginative et éthique.
Biographie
Déborah Prudhon teaches at Aix-Marseille University, France. She holds a PhD in English literature from Sorbonne University – her thesis explored the relation between fiction and reality in contemporary English theatre. She has published several articles on the work of Tim Crouch and Punchdrunk’s immersive theatre. In addition to these topics, her current research interests include the intersections between theatre and psychology. She is the co-author of Anglais pour Psychologues (2025), published by De Boeck Supérieur.
| Tables rondes « S’émanciper sur scène : théâtre, recherche et enseignement en études anglophones » |
Résumé
Deux tables rondes présenteront les projets de collègues ayant des ateliers de pratique théâtrale en anglais ou qui mettent en scène des pièces avec leurs étudiant·e·s. Il s’agit de donner une visibilité à ces pratiques, et comprendre comment elles peuvent s’articuler avec des projets interdisciplinaires de recherche en littérature, linguistique ou histoire, alors que les initiatives de recherche-création se développent partout en France. Il existe en effet plusieurs pratiques isolées dans les départements d’études anglophones en France, et nous pensons que les personnes qui mènent de telles expériences pourraient s’organiser en un réseau qui facilite leur diffusion, à une époque où l’intelligence artificielle donne, en creux, tout son sens à la co-présence, au travail d’apprentissage collectif, à l’oralité́ et à l’articulation entre recherche et enseignement. Chaque intervenant présentera son travail en une dizaine de minutes pour que les participant·e·s puisse échanger. Des exercices pratiques seront proposés, à titre d’exemple. Une première table ronde se concentrera sur les expériences de mises en scènes, et la seconde sera axée sur des questions de transferts, traductions et adaptations.
Table ronde 1 – Mises en Scènes
1. Clara MANCO : « Retour sur la mise en scène d’une pièce de la Restoration : The Town Fop »
2. Jean VIVIER (IRCL, CNRS) : « Collaborations artistiques au sein du projet DramareNostrum »
3. Sophie VASSET (Université Paris Cité puis Université de Montpellier Paul Valéry) : « Vingt ans de Drama Workshop : s’émanciper de la honte »
4. Aurélie GUILLAIN (Université Toulouse Jean-Jaurès) : « Les Soeurs Fatales (Toulouse) : jouer en anglais dans un festival multilingue »
Table ronde 2 – Traductions
1. Julie VATAIN (Sorbonne Université): « Pour une approche incarnée du texte »
2. Marianne DRUGEON (Université de Montpellier Paul Valéry) : « Traduire et mettre en voix le théâtre anglophone contemporain avec les étudiants »
3. Jérémy BOREL-GARIN (Académie de Nice) : « Transmettre la théâtralité : entre écueils et réussites »

